PAPjazz/ Karibe/11 mars 2017

Clôture avec feux d’artifice du festival de jazz de Port-au-Prince

Suite à une erreur graphique, nous republions intégralement le texte du Dr Roland Léonard paru dans le numéro du mercredi 15 mars 2017 (No 39916).

Publié le 2017-03-15 | Le Nouvelliste

Culture -

Roland Léonard La salle du Karibe Convention Center est pleine à craquer, toutes les tables sont occupées ; certaines étaient réservées d’avance. La dernière soirée de la onzième édition du PAPjazz a donné du plaisir au paroxysme à la majorité de l’assistance. C’était comme atteindre à l’acmé et au « climax» dans le bonheur d’écoute pour les jazzfans et les mélomanes. Annoncés par la présentatrice et M.C. Béatris Compère, trois groupes étaient à l’affiche : Mushi et Joël Widmaier supportés par leurs amis musiciens, en lever de rideau ; Ronald Tulle, Thony Chasseur, Michel Alibo and co ; le violoniste Didier Lockwood et les musiciens de son quartette. Mushi et Joël Widmaier Mushi (clavier et synthés) et Joël (chant, timbales barchimes et percussion) sont accompagnés par Hermand Duverné (basse), John Bern Thomas (batterie) ; « Toro» Boigris (congas et percussion). Ils rejouent, pour nous édifier et pour renouveler notre joie, le programme entendu en semaine à l’UNIQ : des morceaux de la période « Zèklè» additionnés à une ou deux compositions de « Mushi» (projet « My World»). Soit, dans l’ordre : « San mele» du dernier album «Zèklè» avec des improvisations sur le refrain et une brève déviation en « Swing» ; « Mad about you» de «My World» remarquable par ses solos de percussions ; « Amélie», « Reponn mwen» en version slow et popjazz ; « kote moun yo» avec Mushi en vedette ; « Wangol-o» récite « adagio» et rythmé autrement, « Maskawon » de Mushi. Samplings. Voix de Azor et de « Racine Mapou». Tony Chasseur, Ronald Tulle, Michel Alibo... and co. Le chanteur Tony Chasseur qui compte trente ans de chanson, ardent propagateur du « kreyol jazz», partage d’évidentes affinités vocales avec Ralph Thamar. Il est accompagné sur scène par le pianiste Ronald Tulle, le bassiste Michel Alibo, un batteur et un congaïste. D’entrée de jeu, le groupe interprète une espèce de «zouk» ou de «konpa jazzy» instrumental en mettant en relief le jeu du pianiste et du bassiste, Michel Alibo. La sonorisation pèche un peu et n’est pas optimale. Tony Chasseur chante sur un rythme de biguine, qui n’est pas sans rappeler la samba, la belle chanson « Si w trayi mwen». Il l’agrémente d’un très valable solo de «scat». On enchaîne avec : un air en ¾ ou 6/8 lent, proche de notre «nago» ; une mazurka en ¾ « Simityè», en majeur et gaie étrangement, pour un titre aussi macabre, illustrée d’un beau solo du virtuose Michel Alibo ; un «Swing» impeccable, chanté en créole « Wa voyé lwazo ban mwen», avec accélération finale du tempo- doublé pour ainsi dire- et «scat» admirable du chanteur.Tony Chasseur est un assez bon chanteur. Ronald Tulle et Michel Alibo sont très talentueux. Dans un intermède avant le concert final, Miléna Sanders et Joël Widmaier remercient des sponsors et remettent une plaque d’honneur à M. René Max Auguste de la Fondation Canez et du Parc historique de la Canne à Sucre, fidèle supporteur du festival depuis onze (11) ans. Miléna et Joël à leur tour sont honorés par des bouquets de fleurs. Didier Lockwood et amis C’est l’apogée de la soirée. C’est une apothéose : Didier Lockwood, violoniste virtuose français à l’immense culture, jazz, rock, classique, mondiale, éblouit l’assistance. Elle est sous le charme de la magie et de l’humour de ce grand instrumentiste et improvisateur, certains sont quand même agacés par son côté exhibitionniste, mais ils sont rares. Son groupe est composé comme suit : Didier Lockwood (violon et violon synthé) ; Loïc Ponthieux (batterie) ; guitare (Olivier Louvel) basse électrique (Linley Marthe). Violoniste, guitariste et bassiste sont adeptes des sons trafiqués et saturés assurés par une technologie de pointe : pédales, « loop-station» ... etc... L’héritage de Jimi Hendrix est bien géré. C’est un univers électronique et moderne, riche en possibilités et évocations. Pendant toute cette fin de soirée, c’est un défilé de morceaux les uns plus créatifs que les autres, illustrant la virtuosité et l’imagination des musiciens : « The Kid», composition de Lokwood ; une très belle samba en l’honneur d’une brésilienne dont il était amoureux ; un standard de jazz, une composition arrangée ou plutôt «dérangée» génialement par les musiciens : « In a sentimental mood» ; une ballade et berceuse pour ses deux filles jumelles, « Tiny Twins», au rythme légèrement rock ; « Tip Tap», un dynamique morceau de jazz fusion au rythme « binaire» de R and B, illustré par les beaux solos de Lockwood et du bassiste, une performance en solo absolu de Lockwood avec son violon vert à l’architecture quintessenciée, épurée et squelettique, électrifiée. Le musicien utilise une « loop-station» pour s’accompagner en écho par ses propres phrases ou riffs et «ostinatos». Il nous étale ici son immense culture en musique classique orientale et arabe. C’est une prouesse et une grande exhibition qui n’a pas l’heur de plaire à plus d’un. Nous l’avons grandement appréciée. Didier Lockwood termine son beau concert par un «blues» mineur. Soirée enchanteresse.

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