Journée internationale des droits de la femme/Conférence

« Femmes, législation et pouvoir: enjeux pour un véritable développement d'Haïti »

En compagnie des hommes de loi, de représentantes de quelques organisations féministes haïtiennes, des journalistes et d'une centaine d'étudiants de premier et de deuxième cycle universitaire, Women For Liberty Haiti, plateforme internationale de Students For Liberty, a commémoré la journée internationale des droits de la femme. L'occasion pour les conférenciers d'analyser les freins au développement par rapport à la dynamique de pouvoir femmes-hommes dans un cadre politico-normatif.

Publié le 2017-03-08 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Sous le thème « Femmes, législation et pouvoir: enjeux pour un véritable développement d'Haïti », l'Organisation des femmes haïtiennes pour la liberté / Women For Liberty Haiti, a accueilli à l’IERAH/ISERS (entité de l’Université d’Etat d’Haïti), le samedi 4 mars, en prélude au 8 mars, la coordonnatrice de Fanm yo la, Natacha Clergé et le substitut-commissaire du gouvernement de la Croix-des-Bouquets, Me Evens Fréderic. Félicitant au passage les différentes militantes qui ont lutté pour l'émancipation des femmes haïtiennes, Me Frederick a mis l'accent sur les textes de loi les plus récents allant du décret du 8 octobre 1982 pour arriver à la loi du 12 avril 2012 en passant par la loi du 8 novembre 1994. Selon lui, avant ledit décret, les femmes haïtiennes vivaient dans un cadre normatif discriminatoire, étant alors sous la tutelle de leur mari et qu'en conséquence elles ne pouvaient contribuer pleinement au développement du pays, a-t-il ajouté. Non moins clément envers le législateur haïtien, Me Fréderic a incité sur le caractère révolutionnaire du décret du 8 octobre 1982 situant, a-t-il reconnu dans le prolongement de la constitution de 1950 qui accorde pour la première fois le droit de vote et d'éligibilité aux femmes haïtiennes, quoique lacunaire, a-t-il mentionné, pour répondre à une préoccupation de l'un des participants ayant fait référence à l'ouvrage de Me Micial Nerestant intitulé "La femme haïtienne devant la loi". N'étant plus mineur grâce audit décret, a-t-il argumenté, les femmes haïtiennes en quête de pouvoir, estimées à plus de 52% de la population, peuvent désormais acheter, vendre et porter plainte sans l'autorisation de leur mari, de nature à mieux participer non seulement aux affaires du foyer, mais aussi à la vie politique du pays, a-t-il laissé entendre, sous le regard de Me Felix Applys. Tous ces textes de loi ont été élaborés, votés et publiés sur fond de grands enjeux, a-t-il déclaré, en prenant l'exemple du combat mené par Michelle Bennette Duvalier auprès de son mari, afin de publier le décret du 8 octobre 1982. Selon la coordonnatrice de Fanm yo la, le rejet de plusieurs propositions de loi de la Ligue, dont celle sur la fermeture des maisons closes du proxénétisme, par le parlement d'alors s'inscrit dans une pratique structurelle de liaison entre les politiques et leurs intérêts enjeux, puisqu'ils sont de véritables consommateurs de la prostitution en Haïti, a-t-elle déclaré vertement. Retraçant les moments forts de luttes revendicative des femmes pour les droits de vote finalement accordés en par la constitution de 1950, grâce à l'appui des hommes progressistes au parlement dont Jean-Price Mars et Dantès Bellegarde, elle a aussi dégagé les enjeux du contexte d'échec des tentatives de 1944 et de 1946 lors de l'amendement constitutionnel. Soulignant le caractère anodin des élections de 1957, à en croire la militante, les femmes ont véritablement voté de façon démocratique aux élections de 1990.Et, grâce aux luttes des militantes de 1986, l'égalité femmes-hommes devient un principe constitutionnel, s'est-elle réjouie. En raison d'absence de masse critique de femmes au parlement, les projets de loi relatifs aux femmes prennent en moyenne cinq ans pour être votés, a déploré la militante féministe, en faisant allusion à la loi sur la paternité, la maternité et la filiation votée en 2008 dans la chambre basse, puis au sénat en 2012 puis publiée en 2014. Selon elle, la loi sur la paternité responsable manque de force probante réelle. Elle y manque des sanctions, des contraintes efficaces pour exiger les hommes de prendre leurs responsabilités, en a-t-elle jugé. À en croire la militante, si les parlementaires n'ont pas rejeté catégoriquement les propositions de loi, ils leur vident de toutes les charges potentielles politiques et transformatrices du changement réel en Haïti à coup de tractations et marchandages. Et qu'il n'est pas le fait du hasard qu'existe une seule femme au sénat à présent, a-t-elle déclaré. Le comble, selon elle, ce sont les parlementaires, notamment les députés, monoparentaux et conçus dans une relation d'adultère qui empêchent les lois sur la paternité responsable. Selon elle, la majorité des gens exercent le travail domestique en Haïti sont des femmes, dont la majeure partie provient de la classe défavorisée, a-t-elle fait remarquer. Suivant ses recherches, il y a une continuité historique, sociologique et anthropologique entre le paysan et le travail domestique, d'après elle. Suivant les études de la première moitié du XXe siècle, la majorité des femmes du travail domestique provient de la paysannerie, citant Jean-Price Mars. Ces femmes d'origine populaire n'ont aucun avantage social. Dénonçant le code du travail qui n'accordait jusque-là avant la Loi sur le travail domestique récemment votée mais non encore promulguée, la militante s'est indignée du fait que ces femmes n'avaient pas droit aux congés de maternité, à un salaire minimum, à un jour de repos, un jour de congé par semaine. La faiblesse de la loi sur travail domestique réside dans le fait qu'elle n'a pas fixé un salaire minimum, a-t-elle regretté. La militant dit attendre, en revanche, la promulgation de la loi sur le travail domestique, susceptible, selon elle, de mettre fin aux discriminations de classe ou aux discriminations de genre. Toutefois, la chercheuse reste convaincue que le projet féministe de classe et anti-aliénation des femmes mariées de M. Sylvain-Bouchereau demeure encore d'actualité à bien des égards, puisqu'il s'agit, selon elle, d'un projet de renforcement de l'autonomie économique et du pouvoir des femmes mariées contre la législation aliénante. Pour conclure, elle a tenu à dénoncer le fait qu'il n'y a pas encore un cadre légal sur la violence verbale, ni sur la catégorie de viols conjugaux en Haïti, tout en signalant que la violence faite aux filles et aux femmes est un problème structurel traversant toute l'histoire sociale haïtienne. Pour terminer la journée de réflexion, la coordonnatrice de Women for Liberty Haïti (Stéphanie MICHEL) pense que les autorités Etatiques doivent (davantage) inciter les femmes à intégrer la société à tous les niveaux, car comme dit le slogan de l'organisation : il n'y a pas de développement sans l'intégration des Femmes !

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