L’imagerie de la femme dans la musique haïtienne

Publié le 2017-03-16 | Le Nouvelliste

Culture -

Orso Antonio DORÉLUS La femme est l’un des thèmes de prédilection de la musique haïtienne. Sa représentation dans les œuvres musicales s’identifie suivant trois catégories esthétiques. En matière de style et de manière, chaque œuvre tend à refléter l’influence d’une génération ou d’une époque. Pour paraphraser Maximilien Laroche, la musique (la littérature) prend son envol quand les musiciens (écrivains) s’inspirent de leurs prédécesseurs et quand les œuvres s’inspirent d’autres œuvres qui, elles-mêmes, ont pris leurs sources d’œuvres du même terroir. Dans la première catégorie, les artistes revendiquent la belle représentation de la femme. C’est une esthétique sentimentale. Influencés par la littérature, les compositeurs s’investissent dans une démarche contemplative et érotique. Ils dressent le portrait d’une femme idéale. Avec charme, ils célèbrent la femme haïtienne. Comme procédé artistique, ils utilisent la métaphore, la comparaison, le calembour, l’hyperbole, etc. Autrement dit, avec préciosité, coquetterie en langage, ils louent la femme. Ils la comparent à des objets précieux, à des fruits, à des victuailles, etc. Parmi les oeuvres musicales, l’on retrouve les compositions suivantes : ‘’Marabout de mon cœur’’ d’Emile Roumer, chantée par Dodolphe Legros; "Calbasse Campé" de Nemours Jean Baptiste, ‘’Fanm peyi m’’ d’ Ansy Dérose, ‘’Bonita’’de Chill, ‘’T. Mari bèl gazèl’’ de BIC, ‘’Bèl Ti- Machann’’ de Shleu Shleu, ‘’Vrè fanm kreyòl’’ de Barikad Crew, ‘’ Lajan sere’’ de KLASS, ‘’Bèl Fanm chokola’’ de Zen, ‘’Back to back’’ de Krezi Mizik, etc. La deuxième catégorie, de son côté, atteste d’une esthétique sentimentale et sociale. Pour ainsi dire, la femme est descendue de son piédestal pour être représentée avec ses défauts, avec ses traits humains. Les artistes se sont dépouillés de toute hypocrisie pour pratiquer le réalisme social-sentimental. Ils peignent une femme infidèle, cupide, profiteuse, sans cœur, homosexuelle, prostituée, etc. En un mot, ils caricaturent la femme. Donc, c’est une satire sociale. Pour ce faire, les paroliers font appel au calembour, à l’humour, aux jeux de mots, à des tournures d’ellipses et à des expressions grivoises. Pour certains, cette démarche artistique est misogyne et sexiste. À titre d’exemple: ‘’Fanm kolokent’’ de Koupe Klouwe, ‘’T.Mamoun’’ de J.Vens, ‘’Livrezon’’ de Wendy, ‘’Seniorita’’ de Zenglen, ‘’Kòk gagè’’ de Carribean Sextet, ‘’Madan Papa’’de Marinad 007, ‘’ Grann Nana’’ de D.P Express, ‘’Lanmou pa konn diaspora et Flannè femèl’’ de Zenglen, pour ne citer que celles-là. Enfin, la troisième catégorie, pour sa part, s’imbrique dans une esthétique de victimisation. Les musiciens s’évertuent à prendre la défense de la femme. Ils disent non à la violence faite aux femmes. Ils chantent la souffrance de ces dernières. Les artistes essaient de démontrer les sacrifices d’une mère pour subvenir aux besoins de ses enfants. Les œuvres comme ‘’Pa leve men sou li’’ de Système Band, ‘’T. Mafi’’ de Krezi, ‘’Papa’’ de Richie, ‘’Madan Loran et Men Manman m’’ de Belo, ‘’ Gade lè w’’ de Jean Jean Roosevelt, ‘’Leve Cecilia’’ de Jean Claude Eugène, etc... illustrent cela. La structure du texte est légère et simple. En d’autres termes, le vocabulaire stylistique n’est pas compliqué. Le texte prend la forme d’un récit avec des vers parfois elliptiques et descriptifs. Rien de nouveau. C’est une question de suite logique. Les musiciens suivent la marche successorale de leurs prédécesseurs. Si les créateurs modifient les formes d’expression, les techniques, c’est pour mieux gagner la sympathie de leur époque. La musique marche au rythme de la société. Aujourd’hui, les débats s’alimentent autour de la question des femmes en Haïti. N' est-ce pas qu' on est encore loin d’avoir une musique comme celle de l’Américain Neyo, ‘’Independent Women ’’?

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