Le président tâtonne, dans la moyenne de nos présidents leur premier mois

Publié le 2017-03-06 | Le Nouvelliste

Editorial -

Le président Jovenel Moïse a un mois au pouvoir. Si le décompte commence le jour de sa prestation de serment. Mais il est président depuis deux mois, si on prend en compte la date de la proclamation définitive des résultats de la présidentielle au début de janvier 2017. Si on se dit que le candidat Jovenel Moïse était engagé dans la course avec l’espoir de remporter la victoire et de mettre en chantier ses projets, cela fait près de deux années que l’homme de la banane veut diriger Haïti. Comme d’habitude dans notre pays, il y a un monde entre le vouloir et le pouvoir, que l’on soit au timon des affaires ou pas. Il y a des difficultés de toutes sortes qui entravent les espérances les mieux ficelées. Jovenel Moïse, qui tâtonne, ne fait pas exception à la règle. La première étape qu’il lui revient de franchir avec succès est la ratification de son premier ministre. Dans de rares cas, Leslie François Manigat en 1988 ou Jean-Bertrand Aristide lors de l’inauguration de ses deux mandats, cela se passe en février. Les deux autres présidents, René Préval et Michel Martelly, ont eu peines et misères pour imposer leur choix. Jovenel Moïse est dans la moyenne de nos présidents. Il cherche ses marques. Rien de nouveau sous le soleil, serait-on tenté de dire…Cela dit, les problèmes continuent de s’accumuler. Même si rien n’est imputable au nouveau président, tout lui est transmis en héritage. Ce premier lundi du mois de mars, trois mauvaises nouvelles ouvrent la semaine. Suivant les informations communiquées par le Bureau national des examens d’Etat (BUNEXE), sur 16 902 candidats ayant pris part aux examens du baccalauréat permanent de février 2017 à travers le pays, 3 511 sont admis, soit un pourcentage d’échec au niveau national de près de 80 %. Le taux de réussite lors de la publication des résultats du bac permanent est rarement bon. Est-ce la preuve que les moins bien préparés ne peuvent pas l’être en restant en dehors des écoles sous prétexte que l’examen n’est qu’une formalité ? L’éducation, de la formation des maîtres au statut des enseignants, en passant par les différents cycles, du préscolaire au postuniversitaire, demeure un dossier chaud pour tout nouveau gouvernement. Rien de nouveau sous le soleil, serait-on tenté de dire… Un rapport du département d’Etat américain souligne des faiblesses récurrentes d’Haïti. Un chapitre traite du trafic de la drogue où notre pays se retrouve sur la liste des points de passage, un autre dénonce le peu d’efforts que fait le pays pour combattre le blanchiment des avoirs et les crimes financiers. Dans les deux cas, notre vulnérabilité à la corruption, les faiblesses du système judiciaire haïtien, notre incapacité à surveiller nos frontières et le laxisme de l’Etat en général sont pointés du doigt par les Américains. Rien de nouveau sous le soleil, serait-on tenté de dire… Ces reproches nous sont adressés annuellement… C’est vrai, sauf que depuis le 7 février 2017 il y a un nouvel exécutif qui doit résoudre ces problèmes avec de nouvelles dispositions pour faire mieux qu’avant. La dernière des peccadilles est la visite de l’expert des Nations unies pour les droits de l’homme, Gustavo Galòn. Le Colombien est dans nos murs pour évaluer nos avancées, comparées à sa dernière visite. Il est aussi là pour entendre les promesses du président Moïse sur des sujets vieux de plusieurs années pour lesquels de président en président, de premier ministre en premier ministre, Haïti avance lentement, très lentement. La visite de Gustavo Galòn est une mauvaise nouvelle, car nous risquons encore une fois de ne pas être en mesure de prendre des engagements fermes, faute de gouvernement en place ou d’en prendre que nous ne pourrons pas atteindre. Rien de nouveau sous le soleil, serait-on encore tenté de dire… Mais est-ce pour ressortir cette excuse que nous avons un nouvel exécutif ?

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