Que reste-t-il du carnaval 2017 ?

Publié le 2017-03-02 | Le Nouvelliste

Editorial -

Que reste-t-il du carnaval 2017 ? Après des centaines de millions de gourdes dépensées, trois jours de fête dans plusieurs communes, un mercredi des cendres chômé et férié, il y a dans la tête de chacun des images et des sons, un large éventail de sensations et le sentiment qu’il est impossible de faire une réponse simple à la question : que reste-t-il du carnaval 2017 ? Il reste un bilan impeccable pour la Police nationale d’Haïti qui a pu, nonobstant quelques brutalités policières évitables, assurer la sécurité des vies et des biens sur toute l’étendue du territoire pendant la période. La Fondation Rose et Blanc, qui avait pris en main de sensibiliser à la prévention routière, peut être satisfaite de son action. Les services hospitaliers aussi. Pas de mort, peu de blessés, de rares accidents, quelques arrestations, le carnaval s’est bien passé au niveau sécuritaire, en dépit des craintes. Il reste les disputes sans fin entre fanatiques pour déterminer quel orchestre a été le meilleur à la radio, sur le parcours ou dans leur souvenir. Cela participe du folklore de la fête. Les polémiques, les piques et les flops, c’est bien pour vivre tout cela que l’on suit le carnaval. Il y a Lamayòt, ce projet novateur qui a voulu mettre en valeur le spectacle. C’est une initiative louable qu’il convient de reprendre tant le carnaval, celui de Port-au-Prince comme ceux des autres villes, est devenu un hymne à la désorganisation, à la cacophonie et au mauvais goût. Il y a dans le bilan, et c’est dommage, l’indigence indiscutable des déguisements, des parures, des chorégraphies des groupes à pied, des reines, des chars allégoriques. Le manque d’esthétique de certaines propositions artistiques ne dispute la palme du ridicule qu’avec celle des officiels qui franchissent à toute heure le cortège carnavalesque avec leur voiture comme s’ils étaient eux-mêmes et en tout temps des majestés de carnaval. Il y a, heureusement, la lueur indescriptible dans les yeux des plus jeunes qui découvrent la foule et ses gros mots pour la première fois et jouissent en toute licence du droit de dire ce qui leur passe par la tête. Il y a, bien entendu, les regards licencieux de tous ceux qui encore une fois ont profité du carnaval, sur le parcours officiel ou en prenant prétexte d’y être, pour s’adonner à toutes les bacchanales. Il reste aussi de ce carnaval 2017 les images maladroites du président Jovenel Moïse, accompagné de sa femme, qui assiste, le lundi gras, au déballage d’un train d’immondices jeté à la face du monde par un chanteur survolté. Il y a, encore plus inattendue, mais ô combien significative la manœuvre discrète et adroite du président Moïse le mardi gras pour ne pas souffrir une seconde fois les frasques du chanteur. L’esquive, quand elle contourne la bêtise, a du bon même au carnaval. Que reste-t-il du carnaval 2017 ? Définitivement, une occasion perdue de mieux faire, de chercher à dépasser nos limites, d’être différent et de repartir sur un nouveau tempo.

Réagir à cet article