Trafic humain en Haïti : urgence ignorée

REGARDS

Publié le 2017-03-03 | Le Nouvelliste

National -

Je rêve du jour où l'actualité reflétera les problèmes réels et profonds de notre société haïtienne. Nous faisons penser à des chirurgiens, scalpel en mains, penchés sur un patient souffrant d'une tumeur, discutant avec passion de la dent en or, mal placée. Le 30 juin 2016, John Kerry présenta le rapport du département d'État américain sur le trafic humain. Haïti, Djibouti, le Soudan, la Birmanie et la Papouasie ont tous été stigmatisés, comme les pires endroits de la planète où sévissent la traite et l'exploitation humaines. Les enfants, notamment les filles, sont exploités de manière disproportionnée. Le but principal de ces pratiques est en effet d'ordre sexuel. Des réseaux internationaux de criminels, souvent liés aux trafiquants de drogue, sont utilisés pour faciliter le recrutement et le déplacement des enfants. Comment peut-on être exposé dans ce tableau de famille peu flatteur sans que cela provoque de tollés ou sans que les lignes ouvertes qui polluent nos oreilles, avec leurs courtes listes d'«invités-amis» et «experts en tout» aient tiré la sonnette d'alarme? Les stations de radio de la capitale alimentent le «parlementarisme des ondes». Sénateurs et députés siégeant aux studios. Ce rapport de copinage entre animateurs et élus est non seulement dommageable à la démocratie mais entrave l'information. Cette pratique déforme la réalité en mettant sur la sellette les préoccupations personnelles liées à l'agenda du politicien plutôt qu'aux crises profondes que traverse la société. Pourtant, notre pays est très vulnérable à là prolifération de ce genre de pratiques. La pauvreté et l'instabilité politique sont les mamelles nourricières de l'exploitation humaine. L'augmentation des enfants abandonnés ou des orphelins, les crises humanitaires sont autant de facteurs. Rappelons-nous les cas de trafiquants arrêtés à la frontière après le séisme du 12 janvier 2010. L'identification des enfants est une autre brèche à colmater. Un enfant non enregistré à la naissance ( ils sont des centaines de milliers) n'existe pas officiellement et devient une fiction lorsqu'il s'agit de le retrouver après un rapt. Ils constituent des proies faciles, pour les trafiquants. Les autorités haïtiennes font des efforts. En juin 2014, la loi sur la lutte contre la traite des personnes est publiée dans le Moniteur. Le ministère des Affaires sociales, en collaboration avec des ONG, tentent de mettre sur pied des programmes de prévention, de sensibilisation et d'accès à l'information. Ces tentatives donnent peu de résultats, faute de ressources et manque d'intérêt de l'exécutif. Souvent, ce ministère est traité en parent pauvre. Il peut, également, servir de monnaie d'échange lors de partage du gâteau politique. À l' opposé, l'ennemi est puissant ! Selon le Bureau international du travail (B.I.T.), le trafic humain génère 150 milliards, chaque année, dont 2/3 proviennent de l'exploitation sexuelle. Des stratégies sont largement élaborées, par le crime organisé, la corruption, les alliances avec des autorités bénéficiant de l'immunité ne sont pas négligées. Mais le pire des obstacles demeure l'ignorance des victimes et l'absence d'implication faute d'informations de la société civile. Des cas de trafic d'organe sont signalés également, et ce n'est pas négligeable puisque 5% à 10% des greffes de reins effectués chaque année proviennent de cette source. Nous ne pouvons pas continuer dans cette situation d'instabilité et de pauvreté. Haïti doit s'adresser aux URGENCES. Le scandale de ces jeunes retrouvés dans un hôtel de plage sur la côte des Arcadins n'est que la pointe de l'iceberg. Nous ne pourrons continuer indéfiniment à retarder les échéances et à fuir nos responsabilités...

Réagir à cet article