Bamboche démocratique…

Publié le 2017-02-23 | Le Nouvelliste

Editorial -

Ces dernières années ou encore ces derniers mois, beaucoup de pays se sont attaqués à un fléau mondial : la corruption. Certains d’entre eux ont même créé des institutions spéciales pour lutter contre ce crime qui constitue, selon tous les spécialistes, un obstacle à la croissance et au développement économiques. La corruption, à grande échelle ou à petite échelle, les conséquences restent les mêmes. Chefs d’Etat, Premiers ministres ou fonctionnaires de tout acabit sont tombés dans le filet de la justice de certains pays qui n’entendent pas faire de l’impunité un guide sacré. Selon les estimations de la Banque mondiale, 1 000 à 2 000 milliards de dollars sont perdus à cause de la corruption, soit dix fois le budget annuel des 34 pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques réunis, et soulignent que la corruption n'est pas seulement un problème national, mais aussi un problème international et transnational qui exige des solutions mondiales. Dans la lutte contre la corruption, Haïti fait régulièrement figure de mauvais élève. Peut-on s’attendre à des progrès ? Le chemin vers la transparence semble long. Très long. On ne peut pas mettre la charrue avant les bœufs. La lutte contre la corruption va de pair avec le renforcement de l'Etat de droit et de la bonne gouvernance ainsi qu'avec l'établissement d'institutions solides. Cela passe par des dirigeants soucieux d'éradiquer ce fléau. Pour instituer la bonne gouvernance, l'Etat haïtien dispose de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSS/CA). Le bilan de cette institution pendant plusieurs décennies en dit long. Les arrêts de débet sont rarement émis ou aucune suite n'est donnée dans certains cas. La Cour elle-même s'est retrouvée récemment dans l'oeil du cyclone. Son ex-présidente Nonie Mathieu avait été indexée dans le rapport d'une commission parlementaire. Or, le Parlement, lui-même, n'est pas perçu comme une institution où la transparence est la règle. Quelle idée folle et bizarre ! Pour lutter contre la corruption, des institutions spéciales ont été aussi créées ici, notamment l'Unité de lutte contre la corruption (ULCC), l'Unité centrale de renseignements financiers (UCREF), le Conseil national de passation des marchés publics. Combien de rapports sont gardés dans les tiroirs? Et pourquoi les rapports d'enquête reposent sous des couches de poussière dans les tiroirs de nos parquets? Pourquoi les lignes ne bougent pas? Dans son discours d’investiture (à l’allure d’un discours de campagne électorale), le 7 février dernier, le nouveau président de la République, Jovenel Moïse, a promis de renforcer les institutions. Ses prédécesseurs, notamment son mentor Michel Martelly, l’avait aussi promis. Où en est-on aujourd’hui ? Quel bilan ? Au moment où d’autres pays se secouent face aux urgences de l’heure (corruption ; réchauffement climatique ; terrorisme ; migration ; chômage…), ici, nous projetons l’image d’un pays où tout fonctionne à merveille alors que les attentes sont immenses. Depuis plusieurs jours, nous dansons. Le pays est en mode carnaval. Et nous continuerons à danser. Peu importe la facture...

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