Confiserie soulouquoise, une affaire de « Dous Makòs »

Entreprise & Entrepreneur Il suffit d’entendre l’appellation de l’entreprise pour penser immédiatement à la ville de Petit-Goâve et avoir l’eau à la bouche. Pourtant, il y a lieu de nuancer. Les locaux de la Confiserie soulouquoise sont situés en plaine du Cul-de-Sac, à Moléard, non loin de Lillavois. Des Petit-Goâviens et d’autres associés s’y sont installés pour une raison simple. Celle de pouvoir s’approvisionner en lait de vache. Ces derniers temps, cette matière de base dans la fabrication du fameux « Dous Makòs » est devenue rare à cause de moult problèmes environnementaux et l’urbanisation à outrance.

Publié le 2017-03-16 | Le Nouvelliste

Economie -

Les locaux qui abritent la Confiserie soulouquoise à Bon-Repos affichent Vétérimed. Rien de bizarre. Les responsables de Vétérimed ont, depuis plus d’un an, conclu un partenariat gagnant-gagnant avec ceux de la Confiserie soulouquoise. L’apport technique en gestion et en comptabilité de la confiserie est profitable à Vétérimed si bien que ce dernier met à la disposition de la confiserie son large réseau de laiterie. Les deux font la paire pour le plaisir des palais de consommateurs friands de « Dous Makòs » La confiserie soulouquoise est une société en nom collectif de quatre personnes légalement constituée en janvier 2014. Elle est enregistrée au ministère du Commerce. La production de ce dernier a réellement débuté en février 2016. Nous produisons essentiellement des « Dous Makòs ». «Nous avons le potentiel pour produire d’autres douces (sucreries) en attendant la normalisation et le standard. Nous travaillons à améliorer notre produit de base avant de nous lancer dans la fabrication d’autres dérivés ou sous-produits», a confié Abner Volsaint. « Déjà, convaincre les associés pour se lancer dans l’aventure a été une affaire de taille. C’est une épreuve assez difficile à surmonter à côté de la légalisation de l’entreprise », a fait savoir Abner Volsaint. Finalement, nous avons un certificat d’enregistrement au ministère du Commerce. « Dans la production, le financement est le nœud gordien. À cela s'ajoutent l’équipement, le personnel, entre autres. Le propre de l’entrepreneur, explique Volsaint, est de pouvoir transformer les difficultés en opportunités. La matière première du dous Makòs est le lait de vache. Mais il n’est pas exigible, à en croire l’entrepreneur Volsaint. Ce dernier précise que le lait est bien celui de vache, sinon, le « dous Makos » ne sera pas fondant comme on aime à Petit-Goâve et dans le reste du pays. Les autres laits ne peuvent pas assurer une telle qualité. La rareté du lait de vache peut pousser certaines gens à outrepasser cette norme. Le sucre, le chocolat, la vanille sont les autres ingrédients de base qui entrent dans sa fabrication comme l’exige la tradition. Les responsables de la Confiserie soulouquoise ne cessent de revendiquer leur appartenance petit-goâvienne. Même si Petit-Goâve demeure le bastion du Makòs, comme aiment l’appeler les gens de la région goâvienne, il est aussi inconcevable d’exiger que les consommateurs aillent là-bas pour goûter les délices du dous Makos. Ce ne sont pas les difficultés qui manquent, le lait de vache est rare, nous accouchons d’un partenariat avec « Lèt Agogo » pour tirer profit de ses 35 laiteries disséminées à travers le pays. Une fois le problème de financement résolu, on pourra satisfaire la demande sans cesse croissante pour ce produit. Nous nous démenons comme un diable dans un bénitier pour dégager la particularité de notre produit. Quand la Confiserie soulouquoise a vu le jour en 2011 comme entreprise individuelle, nos premiers clients étaient Giant et Caribbean Super Market. Par la suite, on a tissé notre propre réseau de distribution. En réalité, sur le marché local, la demande dépasse largement l’offre. Pour ce produit, nous distribuons dans 90 % des supermarchés de la région métropolitaine. Souvent, des Haïtiens de la diaspora sont venus s’approvisionner directement chez nous en  dous Makos. Le partenariat avec le réseau Vétérimed-Let Agogo À la question de savoir pourquoi les produits n’ont pas une marque précise, Abner Volsaint répond : « Jusqu’à présent, le produit ne porte pas d’étiquette. Nous pensons instituer une marque lors de la légalisation mais le ministère du Commerce ne voulait pas du Makòs. Ce dernier demeure en effet un patrimoine national. La Confiserie soulouquoise éprouve une fierté en commercialisant le graten dous Makos. « C’est une œuvre exclusive, c’est une production choisie, ce n’est pas un simple sous-produit », martèle Abner Volsaint un des leaders de cette entreprise. Volsaint nous montre du doigt sa salle d’entreposage vide. « C’est parce que la majorité du produit est déjà livré », indique-t-il avec un brin de satisfaction. Dans la perspective d’innover et de gagner de nouvelles parts de marché, sa confiserie entend créer bientôt d’autres saveurs comme la goyâve, la grenadine, pour ne citer celles-là. A l'instar de la République dominicaine, on peut aussi commercialiser une multitude de produits. La connaissance est là, les technologies existent déjà. «Nous respectons des normes pour protéger la santé des consommateurs. Dès le départ, nous prenons soin des vaches. Elles sont régulièrement vaccinées et contrôlées par des vétérinaires. Nous disposons d’un espace aéré; bref la Confiserie soulouquoise est tout à fait spéciale." Une détermination débordante Combien d’Haïtiens du grand Nord ou d’autres contrées n’ont jamais goûté aux délices du Makòs qui, pourtant, dépasse les frontières! Le directeur général de la Confiserie soulouquoise, Abner Volsaint, estime qu’une telle situation est inacceptable dans un pays en quête de symbole. Abner Volsaint a déjà amené son « dous Makòs » dans plusieurs Etats américains et au Département d’Etat. « Je ne laisserai pas la confiserie pour rien au monde », a-t-il confié en guise d’expression de dévouement à son travail. Après ses études classiques et toute son enfance passée à Petit-Goâve, Volsaint a décidé en 2008 de s’initier dans la comptabilité au Centre pilote de formation professionnelle avant de se diriger vers l’Institut national d'administration et des hautes études internationales (INAGHEI) pour aiguiser ses connaissances en comptabilité. Comme Abner Volsaint, Deny Joseph, chargé de la production à la confiserie, est originaire de Petit-Goâve et a étudié la comptabilité pour le bonheur de l’entreprise qui ira chercher des fonds frais et des marchés d’outre-mer. Produire les « dous Makòs » exige de très haute température. Qui dit haute température dit source d’énergie fiable. En général, avons-nous appris, les microentreprises comme les PME font usage d’un trou rempli de bois sec pour produire le feu nécessaire à la fabrication du Makòs. Une menace de plus pour l’environnement déjà très dégradé d’Haïti. La Confiserie soulouquoise s’enorgueillit de ne pas se servir du bois dans la cuisson gourmande en énergie de ses produits. Elle fait usage de préférence du Gaz de pétrole liquéfié (GPL), couramment appelé propane en Haïti. Même si ce choix fait augmenter les coûts de production, les responsables de la confiserie disent accepter le sacrifice pour sauver ce qui reste encore de couverture végétale dans le pays.

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