Echec catastrophique des infirmières : qui en sont les auteurs ?

Publié le 2017-03-23 | Le Nouvelliste

Société -

La société tout entière devrait pousser un CRI DE CŒUR contre cette catastrophe! Dans tout système éducatif sérieux, quand le taux d’échec est aussi élevé, les tenants du système doivent fournir des explications et, du coup annoncer les correctifs nécessaires. 145 réussites sur plus de 2800 étudiants à l’échelle du pays: un signe évident d’un effondrement gigantesque et monstrueux. À s’y m’éprendre, personne n’avait espéré un taux de réussite de 100%, ni de 90%, ni de 80%. Par contre, personne non plus n’avait espéré un taux d’échec de plus de 93%, un chiffre qui parle de lui-même les langages dyspraxiques et dysphasiques de notre système pédagogique. En fait, de quoi s’agit-il? 1- RÔLE D’UN EXAMEN D’ÉTAT Évaluer les étudiants est une obligation car on ne saurait laisser la santé des populations entre n’importe quelles mains. Cependant, ne pas pouvoir établir la différence entre un examen d’évaluation des acquis théoriques et pratiques durant la carrière et un concours d’admission ou de sélection est GRAVISSIME. À l’évidence, un tel examen doit refléter non seulement les grandes lignes du cursus infirmier mais aussi et surtout les défis quotidiens sur lesquels ils (elles) sont potentiellement appelé(e)s à agir. 2- QUID DE L’EXAMEN DE 2016 et du rôle du MSPP/ DSI/ DFPSS? Plus de 200 questions réparties en 4 blocs à 4heures de temps accordées pour y répondre, et qui plus est, SANS PAUSE. En réalité, 3h et 30 minutes seulement sont octroyées en raison des consignes de départ et de conclusion/ramassage. Par ailleurs, même aux États-Unis d’Amérique, pour passer (médecins) le prestigieux examen dans le cadre du USMLE (United States Medical Licensing Examination/ www.usmle.org), non seulement on donne environ 40 questions par bloc (d’une heure par bloc), mais on accorde une pause de 45 minutes entre les blocs. Bref, pourquoi torturer psychologiquement les nôtres ? Comment évaluer un(e) étudiant(e) qui, dans son école, a l’habitude de résoudre entre 10 et 30 questions pour une heure (soit 40 à 120 questions pour 4 heures de temps) en lui posant 200 questions d’un coup ? De plus, la formation n’étant pas spécialisée, pourquoi leur donner autant de questions sur des pathologies sur lesquelles elles ne seront pas autorisées à intervenir et qui, sans la moindre parcelle d’un doute, engendrent de sérieuses hésitations/difficultés à des infirmières beaucoup plus expérimentées qu’elles et qui ont déjà leur titre en tant que spécialistes en main? En outre, pourquoi tant d’exercices de POSOLOGIE à résoudre, soit plus de 15, en exigeant démarches (ce qui est normal) et interdisant l’usage de calculatrices? Pourquoi prendre environ 5 mois pour donner les résultats sans tenir compte des degrés de STRESS que cela charrie non seulement pour les étudiant(e)s mais aussi pour leurs familles? A-t-on oublié que ce dernier est un tueur silencieux (silent killer) et par conséquent un facteur qui prédispose à beaucoup de maladies ? 3- QUI SONT LES ÉTUDIANT(E)S? Ils sont majoritairement des filles et fils issus des classes moyenne et pauvre, représentant l’espoir de leurs familles et désireux (ses) d’être utiles en empruntant cette voie noble qu’est l’éducation. Également, ils sont le véritable espoir d’Haïti en tant que jeunes et intégrants de cette tranche majoritaire en termes de proportion, soit plus de 60% de la population (voir EMMUS V), spectateurs du déguerpissement exponentiel du pays par leurs concitoyens/congénères. Hormis les étudiants des rares écoles d’infirmières nationales, l’écrasante majorité étudie dans le privé et dépense en moyenne entre 40 000 et 80 000 gourdes pour la première année, approximativement la même somme pour les deuxième et troisième années et entre 45 et 100 000 gourdes pour la quatrième. Ce qui fait, en substance, un montant cumulatif se situant entre 165 000 et 340 000 gourdes (voir les versements à UNDH, UNAH, LUMIÈRE, SILOE et autres). Et ceci, sans compter l’investissement en temps, en frais de transport, en nourriture et en loyer, ceux dépensés pour photocopies/impressions, achats de livres et autres. 4- RÔLE DES ÉCOLES Globalement, cette année, le poids de la catastrophe ne retombe pas, en exclusivité, sur le dos des écoles d’infirmières. Par ailleurs, certaines portent le nom d’école mais en réalité n'en sont pas. Peut-on jongler dans une même salle de classe ? Devrait-on présenter un dossier complet avec le nom de professeurs qualifiés alors que, en réalité, les cours sont dispensés par d'autres? Devrait-on profiter, sans scrupule, de l’innocence et de la désorientation des jeunes pour les exploiter à outrance? Pourquoi majorer constamment les notes de plusieurs étudiants pour éviter de les perdre? Pourquoi ne pas chercher ou adopter une méthodologie à succès pour les évaluer plus fréquemment? On en reste là. 5- ZOOM SUR LES ÉTUDIANTS Faute du niveau de croissance économique du pays, faute de moyens économiques des parents, faute d’orientation au sein de leurs écoles classiques et familles, ils entrent dans n’importe quelle école et se laissent guider par des amis. Il y va maintenant de la responsabilité des écoles et groupements organisés de la société d’y remédier tout en exigeant de chaque jeune de la clairvoyance, car nombreux sont ceux qui sont responsables du gaspillage infernal de l’argent de leurs parents. 6- RÔLE DE HAUTS OFFICIELS DE L’ÉTAT ET PERSONNALITÉS INFLUENTES Pourquoi ministres, directeurs généraux, secrétaires d’État, sénateurs, députés, autres dignitaires et personnalités influentes se sentent-ils obligés d'exercer tant de pressions sur les ministres pour faciliter l’obtention d’un document de légalisation des écoles d’amis, de militants ou sympathisants même quand l’ensemble des conditions minimales requises ne sont pas au rendez-vous ? Sont-ils conscients de leur contribution à la dégénérescence du système? Vouloir satisfaire et se positionner pour un second mandat c’est bien, mais empoisonner l’avenir des jeunes est tout simplement un CRIME. Même quand, dans de rares occasions, ils ont raison de faire pression, car la lenteur au niveau des ministères est souvent criminelle, on se demande pourquoi ministres et DG cèdent aux pressions quand ces dernières, à l'évidence, ne sont pas fondées ? 7- RECOMMENDATIONS AU MSPP/ DSI/ DFP Reconsidérer l’examen et organiser un autre, à partir du précédent, tenant compte des notes allant de 40 à 69. Réévaluer les procédures en termes de méthodologie (Pause, formulation de questions, etc.) Continuer et accentuer l’effort de contrôle déjà enclenché sur les écoles. Elaborer un plan d’actions visionnaire visant à stopper/ limiter la croissance vertigineuse d’écoles à la manière des boutiques. Renforcer les écoles nationales. Gérer les déséquilibres interscolaires flagrants en rapport avec le nombre de stages obligatoires pour la carrière. Sans toutefois se bercer d’optimisme, en procédant ainsi, on agira sur la qualité des offres de formation, sur les pertes de temps, d’opportunités et sur les retards indigestes, inconcevables et intolérables pour l’avenir de nos milliers de jeunes. À rappeler qu’une année d’échec peut entraîner des échecs à perpétuité. La situation économique et le devoir de répondre à certaines obligations étant ce qu’ils sont, fort souvent, d’autres activités de SURVIVANCE prennent la place de la continuité.

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