D’ingénieure de l’Université du Michigan à chocolatière à Ouanaminthe, le parcours de Corinne Joachim Sanon

L’ancienne étudiante en ingénierie de l’Université du Michigan et la cofondatrice des Chocolateries Askanya, Corinne Joachim Sanon, est déterminée à créer des opportunités en Haïti, son pays d'origine. Elle a donc abandonné une carrière de consultante à New York et un chèque à six chiffres pour un retour au pays natal, utilisant ses compétences en ingénierie et ses économies pour monter une exploitation de transformation de la fève du cacao en barres de chocolat en Haïti.

Publié le 2017-02-14 | Le Nouvelliste

National -

Des villages agricoles isolés à son usine située à Ouanaminthe, les chocolateries Askanya emploient actuellement des dizaines d’employés et travaillent avec des milliers d'agriculteurs, en créant des opportunités pour les Haïtiens en encourageant le chocolat haut de gamme à partir de l'un des endroits les plus difficiles d'Haïti. Corinne Joachim Sanon fabrique du chocolat haut de gamme à partir d'une usine qu’elle a elle-même conçue dans la ville frontalière de Ouanaminthe. Elle connaît du bout des doigts la préparation du chocolat : la récolte, la fermentation, le séchage, le craquage, de la trempe et toutes les autres étapes qui transforment les gousses de cacao fraîches en chocolat vendu dans les hôtels haïtiens, en ligne et dans les boutiques haut de gamme des grandes villes des États-Unis. Mais l’histoire de Sanon ne se limite pas au chocolat. Il y a deux ans, quand elle a laissé tomber une carrière de consultante à New York, elle ne pensait pas du tout au chocolat. Elle pensait à son pays d'origine, où la plupart des gens vivent dans la pauvreté et les emplois presque aussi rares que l’eau courante ou l'électricité. En tant qu'ingénieure du Michigan, elle croyait pouvoir faire la différence. « J'étais l'un des plus chanceux, beaucoup plus chanceux que la majorité des Haïtiens », a-t-elle dit. «Je suis allée dans une bonne école et une grande université et j'ai une belle vie. Mais je ne voulais pas me réveiller à 60 ans sans avoir jamais essayé de faire quoi que ce soit pour Haïti ». En utilisant le riche patrimoine agricole d'Haïti comme point de départ, elle a investi ses propres économies et fait des recherches approfondies. S'appuyant sur ses antécédents en tant qu'ingénieure des opérations industrielles, elle a cherché un moyen de rendre les cultures produites en Haïti plus avantageuses pour plus d'Haïtiens - de petits agriculteurs dans les zones rurales longtemps ignorées au profit des citadins qui luttent pour trouver du travail. « Mon but était de créer des emplois de cols bleus dans les campagnes haïtiennes, et d'abord j'ai été une sorte d’agnostique de la récolte », a-t-elle déclaré. «J'ai pensé à des oranges, mais j'ai réalisé entre-temps qu'en Haïti poussent certains des meilleurs cacaos au monde. Je pensais : pourquoi ne pas passer du cacao brut à la barre finie, le tout en Haïti ? Nous pouvons avoir un produit local et transformer l'économie. » Sanon savait que la mise en place d'une exploitation de cacao dans un des endroits les plus difficiles au monde ne serait pas facile. L'électricité est coûteuse et intermittente au mieux. Les routes sont mauvaises, surtout dans les régions éloignées où le cacao est cultivé. Les règlements gouvernementaux peuvent être étouffants et les mystères sur les lois sur les biens rendent difficile la sécurisation même d'un site. Sans parler de la chaîne apparemment interminable de catastrophes naturelles et artificielles qui affligent le pays, plus récemment l'ouragan Matthew en octobre 2016. Les gens avaient essayé la transformation de la fève du cacao en barre de chocolat dans d'autres pays en développement, comme la Grenade et l'Équateur. Mais pas en Haïti. Alors que le pays exporte des fèves de cacao depuis des décennies. Mais Sanon était confiante qu'elle réussirait dans son entreprise. Elle a eu des années d'expérience dans l'ingénierie industrielle et opérationnelle, un domaine qui conçoit des systèmes pour résoudre des problèmes dans des environnements difficiles. Haïti était tout simplement un environnement différent. Et ayant grandi en Haïti, Sanon le savait. Amy Cohn affirme que cette combinaison de la théorie de l'ingénierie et du savoir-faire sur le terrain est ce qui distingue les ingénieurs industriels et opérationnels. Professeur d'ingénierie industrielle et d'exploitation à l'université de Michigan, elle enseigne la classe des méthodes que Sanon a suivie avant qu’elle ne l'aide à démarrer Les Chocolateries Askanya il y a deux ans. Sanon a travaillé avec des consultants en chocolat pour concevoir le système autonome de récolte, de transformation et de production qui s'étend aujourd'hui des villages agricoles isolés dans les montagnes haïtiennes jusqu'à l'usine Askanya dans la ville de Ouanaminthe. Ce n'est pas glamour ou high-tech - Askanya fonctionne à l’aide de camionnettes louées, de dur labeur et de la patience sans fin. Mais pour Sanon, l'ingénierie ne concerne pas les machines ou la technologie. Il s'agit de concevoir le meilleur système et de le faire fonctionner, jour après jour. «Je suis ingénieure - c'est ainsi que nous sommes […] Nous essayons différentes façons jusqu'à ce que cela fonctionne », explique-t-elle. Deux ans plus tard, Askanya est une entreprise en pleine croissance qui emploie des dizaines d’employés et travaille avec des milliers d'agriculteurs. Sanon partage son temps entre le centre de distribution de la société à Brooklyn et son usine à Ouanaminthe. Elle touche une fraction de son ancien salaire, mais elle assure que faire marcher Askanya est beaucoup plus gratifiant. Source : https://medium.com Traduit de l'anglais par Patrick Saint-Pré

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