Campagne électorale/Financement

Ni Jovenel Moïse, ni Jude Célestin, ni personne n’a rendu de comptes du financement de sa campagne électorale

Les principaux candidats à l’élection présidentielle de 2016 ont dépensé de grosses sommes pour faire campagne. C’était on ne peut plus visible. Cependant, aucun d’eux n’a encore soumis au CEP son rapport financier comme l’exigent les articles 135 et 135.2 du décret électoral. Le directeur exécutif du CEP, Uder Antoine, le confirme au Nouvelliste tout en annonçant l’application de la loi contre les contrevenants…

Publié le 2017-02-14 | Le Nouvelliste

National -

Déplacement en hélicoptère, billboards géants, affiches dans les rues, cortèges de voitures, distribution de kits alimentaires, publicités dans les médias, payroll de mandataires, entre autres. Les candidats à la présidence aux élections de 2015 et de 2016 ont sorti les grands moyens durant la longue et très coûteuse campagne électorale. Cependant, plus de 30 jours après les résultats définitifs des élections publiés le mardi 3 janvier 2017, ni Jovenel Moïse, ni Jude Célestin, ni Moïse Jean-Charles, ni Maryse Narcisse, ni personne n’a soumis au CEP son rapport financier comme l’exigent les articles 135 et 135.2 du décret électoral… « Je peux vous affirmer que nous n’avons reçu aucun rapport des partis politiques sur ce qu’ils ont reçu en termes de dons pendant la campagne électorale », a confié au Nouvelliste, mardi, le directeur exécutif du CEP joint par téléphone. Uder Antoine a déclaré que le CEP allait appliquer les articles du décret électoral qui concernent le financement de la campagne électorale. « Le CEP n’en est pas encore là, mais c’est sûr que nous allons revenir à ces articles pour les appliquer tels qu’ils sont comme nous avons l’habitude de le faire », a-t-il menacé. Selon l’article 135 du décret électoral, « Trente jours après la proclamation des résultats définitifs, tout représentant légal de tout parti politique ou groupement politique doit faire parvenir au CEP la liste détaillée et complète de tous les dons et donateurs ainsi que le rapport financier de la campagne dûment signé d’un comptable agréé». Que risque Jovenel Moïse si le décret électoral devra être appliqué ? « … trente (30) jours après la proclamation des résultats, les partis et candidats doivent acheminer au CEP le bilan des dépenses avec pièces justificatives. Tout contrevenant encourt les peines suivantes : S’il s’agit d’un candidat, il : 1. est déchu du droit de vote pour une période allant de deux (2) à cinq (5) ans ; 2. ne peut être candidat à une fonction élective ; 3. est dépouillé de son poste s’il est élu. S’il s’agit d’un parti ou groupement politique, il ne pourra pas présenter des candidats à une fonction élective pour une période allant de deux (2) à (5) ans », selon les prescrits de l’article 135.2. En revanche, s’agissant de l’utilisation de la subvention du gouvernement aux partis politiques en 2015, le directeur exécutif du CEP a fait savoir au journal que bon nombre de structures politiques ayant bénéficié de cet argent avaient soumis au CEP leur rapport qui avait été envoyé par la suite à la Cour supérieure des comptes. Le gouvernement que dirigeait à cette époque le Premier ministre Evans Paul avait décaissé environ 500 millions de gourdes pour subventionner la campagne électorale des partis politiques agréés aux élections. Depuis le 9 décembre 2016, la Fondation héritage pour Haïti (LFHH), section haïtienne de Transparency International, a demandé aux partis, aux plateformes politiques et aux candidats qui avaient participé aux élections de novembre 2016 de divulguer la liste des subventions et dons reçus en nature et en espèces ainsi que leur provenance et la divulgation de la liste des dépenses effectuées dans le cadre des campagnes de chaque candidat. LFHH estime qu’il n'y a pas de démocratie sans indépendance et comprend que le dicton « Qui finance commande » s’est trop souvent avéré dans la politique haïtienne. « Les partis et les candidats ne peuvent servir deux maîtres en même temps: le peuple haïtien et les pourvoyeurs de fonds. En conséquence, il est essentiel d’assurer qu’il n’existe pas de cordon ombilical entre certains partis avec des donateurs malsains », exige la Fondation Héritage pour Haïti. « À la fin du processus électoral, les partis et plateformes qui ont respecté les normes d’éthique et d’intégrité peuvent encore rassurer les citoyens en ce qui concerne l’origine de leur financement en divulguant la liste complète des contributions et des donateurs ainsi que la liste des dépenses de campagne de chaque candidat. LFHH demande à tous les partis et plateformes d’envoyer les listes aux médias, à l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) et de les afficher dans les sièges sociaux des partis et plateformes », selon la section haïtienne de Transparency International.

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