Muska, co-producteur de Lakou Kajou

UNE Diffusée sur Télé Soleil depuis la fin du mois de décembre, Lakou Kajou est une série éducative destinée aux des enfants âgés entre 5 et 8 ans. Les personnages ainsi que toutes les composantes de l’émission de 15 minutes, selon Gaëthan Chancy, ont été conçus par Muska de concert avec l’organisation à but non lucratif Blue Butterfly qui vise l’éducation des destinataires grâce à des productions télévisées dans les pays du Sud, dont le nôtre, sur plusieurs domaines.

Publié le 2017-01-10 | Le Nouvelliste

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Le crâne rasé, un t-shirt au col V, des verres limpides, Gaëthan Chancy, le producteur exécutif de Lakou Kajou a tout l’air d’un de ces geeks qui bossent dans les start-up ayant pignon sur rue à San Francisco. Les locaux de Muska dont il est le co-P.D.G nous « télé-transportent » également dans la Mecque mondiale des nouvelles technologies. Et, pour cause, les murs sont peints en gris et en blanc, avec comme élément de décor des tableaux qu’on attribuerait à Warhol. Une sobriété qui garantirait de la créativité à quiconque travaillerait sur un projet dans l’enceinte parasismique. Inutile de revenir sur les commerciaux et les vidéos que Muska a à son actif. C’est l’une des équipes les plus achalandées sur le marché de l’audio-visuel en Haïti. C’est d’ailleurs grâce à leur solide réputation que l’organisation non gouvernementale « Blue Butterfly », versée dans l’éducation des plus petits dans des pays du Sud grâce à des productions télévisées, a décidé dans la foulée du séisme de collaborer avec eux. Deux segments de moins de trois minutes ont été réalisés à l’époque. « L’un d’entre eux, se rappelle Gaëthan, montre le processus suivi par un enfant dans la construction d’une voiture en miniature à partir de matières recyclées. » Surprise, heureuse du succès de ce segment, Linda Costigan, de « Blue Butterfly », qui a produit un documentaire sur Sesame Street, a évoqué la possibilité de collaborer de nouveau avec Muska sur un autre plus grand projet. Les années passent sans qu’elle donne vraiment signe de vie de son projet d’une série. Vers la fin de 2015, l’Américaine d'une ascendance haïtienne reprend contact avec ses collaborateurs de Port-au-Prince. Elle explique que son silence était dû au fait qu’elle peinait à trouver un mécène. Elle trouve finalement un fonds attribué par la fondation Kellogs. Mais le fonds mis à sa disposition ne pourra garantir que quelques épisodes pilotes. « Lakou Kajou s’est imposée en raison du fait que Blue Butterfly voulait un contexte, des personnages locaux pour permettre au public haïtien de s’y identifier. Le Lakou, dans l’imaginaire de nos régions, est un centre de rassemblement où les voisins se rencontrent pour passer du temps ensemble», confie le boss de Muska. Une équipe d’au moins 50 personnes comprenant des pédagogues, des techniciens de Muska s’est constituée.. Gilbert Mirambeau, Jasmuel Andri ont leur griffe sur le script.On a fait appel à l’expertise d’autres techniciens externes. Pour d’autres besoins. Chevelin Illustration est l’auteur des dessins. D’autres dessinateurs dont Boursssiquo y ont aussi œuvré. Durant le dernier semestre de 2016, ils ont travaillé de concert avec les partenaires américains pour élaborer la série. C’était un challenge, selon le numéro un de la boîte, pour toute l’équipe plutôt rodée dans la réalisation de publicités. « L’exercice consistait à allier le travail de pédagogue avec des spécialistes en audio visuel », dit-il. Lakou Kajou, c’est à la base, une émission éducative. Elle a pour objectif d’initier les enfants entre 5 et 8 ans à l’éducation civique, à l’apprentissage de mots nouveaux, au calcul…Les six épisodes tournent autour de l’interaction entre les quatre principaux personnages dont les jumeaux Lili et Tilou, l’annolis Zandolin et le livre « Leyon » dans une sorte de village portant le nom de l’émission. Il y a aussi pour chaque numéro un « live action », des vidéoclips éducatifs sur des chansons façon « Alphabet » avec un chœur d’enfants accompagnant des artistes, des marionnettes. Le premier épisode a été diffusé au début de l’année de 2017. La possibilité de rallonger avec 6 nouveaux épisodes est à l’étude. « À la condition sine qua non que Blue Butterfly trouve un autre fond », précise Gaëthan qui ne cache pas le fait que Lakou Kajou s’est fait dans un esprit d’entr aide . « Notre intérêt, dit-il, c’était d’embrasser la cause sans nous soucier du fait que le budget soit maigre ou pas ». Puisque Lakou Kajou est fraîchement lancée, c’est évident qu’il est difficile d’évaluer le feedback auprès de l’audimat. Cependant le producteur exécutif note que le peer-review lui donne le droit d’espérer une réponse favorable de la part de ceux à qui la série est destinée dans les jours qui viennent. « En plus des pédagogues qui ont jugé que le contenu était adéquat, il faut que je vous avoue que sous notre demande, Pdg communication a filmé des enfants qui ont eu droit à un visionnement en avant-première. Leur réaction était plutôt satisfaisante, selon nous. Ils ont posé des questions. Ils étaient emballés. », confie-t-il. Le succès au niveau International est déjà constaté. Un article de Miami Hérald en date du 20 décembre. L’OIF devra bientôt parrainer son doublage dans la langue de Molière en vue de sa promotion sur d’autres marchés. « C’est là, dit le pdg, la preuve d’un travail assez acceptable de notre part, exportable sur un plus grand plan que le nôtre» En cas de succès sur le plan local, des activités pour rencontrer les jeunes fans seront organisées. Des produits dérivés pourront voir le jour. Tout cela dépend du bon vouloir des partenaires américains qui sont responsables de la distribution. Parlant de distribution, pour l’heure, Télé Soleil est le seul diffuseur sur nos petits écrans au pays parce que ce média de l’église catholique a consenti à le faire gratuitement. Une décision peu courante dans le milieu de l’audiovisuel en Haïti selon Gaëthan. Des diffusions en salle dans des zones reculées sont réalisées grâce à une collaboration de Laurence Magloire. Le vidéographe souhaite que Lakou Kajou ouvre la voie à d’autres opportunités de partenariat entre des techniciens haïtiens et des pédagogues étrangers. « Pas seulement Muska mais d’autres compagnies du secteur », ajoute-t-il. Il souhaite aussi au passage la stabilité politique qui est inhérente, selon ses mots, au progrès économique qui est la garantie de la dynamisation de son secteur qui peut embaucher tant de jeunes diplômés se trouvant malheureusement au chômage dans un pays riche en créativité.

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