Septentrional

Eddy François, l’un des principaux apôtres de Septent a fait le grand voyage

Publié le 2017-01-24 | Le Nouvelliste

Société -

Islam Louis Etienne « Ne pleurez pas vos parents avec une douleur immodérée, ils ne sont pas morts dans votre cœur ; ils n'ont fait que nous précéder dans un voyage que nous ferons tous. L'hospice où ils sont arrivés doit un jour nous réunir, et alors nous ne nous quitterons plus jamais. » Adolphe d'Houdetot ; Dix épines pour une fleur (1853) La mort est l’adversaire le plus redoutable et le plus insaisissable de l’être humain. Elle est un phénomène universel, car elle touche tous les vivants. Elle est aussi un phénomène particulier qui est interprété et vécu différemment selon les cultures et les mentalités, selon les époques et les pays, selon la conjoncture sociale et les individus, leurs perceptions et leurs conceptions de l'existence. Elle est non seulement un phénomène collectif, étroitement lié à la survie ou à l’évolution d’une société ou d’une espèce, mais elle est aussi un phénomène planétaire capable de menacer l’avenir de l’humanité tout entière et l’ensemble des autres espèces vivant sur la terre. En même temps, la mort est un phénomène individuel qui accompagne et scelle le destin de chaque être qu’il soit humain, animal ou végétal. Parmi les vivants, l'homme est celui qui est capable de se reconnaître comme mortel et d'envisager la mort comme une destinée commune. Ses vibrations sont encore plus fortes lorsqu’elle touche quelqu’un de votre entourage. Eddy François est un Capois de pure souche , le fils de feu Michel François, une personnalité capoise notoirement connue pour sa tranquillité et son indépendance, propriétaire de l’autobus « La Colombe » qui a grandi à l’ombre de l’orchestre Septentrional. Il a tiré la révérence à la fin du mois de décembre 2016. Il a laissé dans la tristesse non seulement sa famille directe mais surtout sa famille élargie, c’est-à-dire la grande famille Septentrionale. Eddy était un homme public , populaire , de bon commerce et connu pour ses positions radicales et ses interminables discussions lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts et la philosophie de Septent. Ulrick Pierre-Louis , le maestro de l’orchestre et son père Michel étaient deux vieux copains et des amis de longue date qui se partageaient régulièrement les problèmes les plus intimes du groupe. D’une certaine facon, si Septent a survécu aux intempéries ; aux valses des répressions et persécutions sans bornes sous le régime des Duvalier sans perdre pas même une plume, Michel François a été ce grand protecteur efficace qui, à chaque fois, le tire d’un mauvais pas. Les occasions étaient multiples et les unes plus compliquées que les autres. Septent en retour a immortalisé « La Colombe ». Eddy est né et a grandi dans cette ambiance où les activités de l’orchestre ont fait partie intégrante des préoccupations de sa famille. À un certain âge, il intervenait même dans les débats. Devenu adolescent , il épousa directement la cause de Septent et s’érigea en défenseur authentique du groupe surtout après la mort de son père. Il a dépassé le stade de fanatique ou celui de dirigeant. On l’appelait «Eddy-Septent». Il n’est pas le seul à porter ce titre, mais ils ne sont pas non plus nombreux, les gens qui peuvent avoir une telle prétention. Depuis plus d’un quart de siècle , il vit aux USA, sans qu’il ait pu se défaire de ce cancer qu’est devenu l’orchestre Septentrional qui a attaqué tous ses organes. Malgré le temps, la distance et les générations, Eddy François est resté une voix très écoutée même si ses conseils ne sont pas toujours suivis à la lettre ; on a l’obligation de lui donner la parole. C’est à ce géant ; ce guide infatigable et désintéressé, ce père nourricier que nous rendons aujourd’hui hommage. La nouvelle de la mort d’Eddy est tombée comme un couperet à la fin de l’année à un moment où l’on s’attendait à recevoir des vœux. Vaincu par la maladie , il n’a pu terminer le voyage pour arriver à 2017. Malgré la précarité de sa santé, on s’attendait qu’il vive encore quelque temps pour continuer à alimenter les débats autour de la prestation de l’orchestre Septentrional ou la composition d’une de ses musiques invariables ou encore le comportement inadmissible d’un musicien revêtu de l’uniforme de l’orchestre. En définitif, c’est un homme à qui rien n’échappe et qui connaît mieux que quiconque l’histoire et la vie de Septent. Il a défendu pendant toute sa vie et de manière aussi agressive que passionnée les intérêts de l’orchestre. Avec ce départ, Septent a perdu l’un de ses plus grands évangélistes. Eddy avait trois passions :sa femme, son travail et son orchestre. Le sentiment de tristesse vivement ressenti en cette circonstance se manifeste ordinairement par les larmes, comme nous l'avons sans doute tous éprouvé à l'occasion de la perte d’un parent ou d’un ami. Les larmes sont un langage universel de la nature humaine, mais elles n'expriment pas toujours la tristesse: elles peuvent aussi bien exprimer de fortes émotions d'admiration, de joie, d'amour surtout dans le cas qui nous préoccupe. Eddy est un homme digne d’admiration pour son courage, sa détermination et surtout sa foi dans ce qu’il croit. Nous devons verser pour lui des larmes de joie et d’amour. Les maux qui frappent toute personne consciente engendrent naturellement en elle un sentiment de tristesse. Les amis sont véritablement amis, lorsqu'ils sont capables de partager leurs joies et leurs peines. En tout cela, la tristesse n'a rien qui ne soit conforme à la nature, et donc rien qui soit désordonné. Saint Augustin ne revendiquait-il pas le droit de pleurer publiquement sa mère bien-aimée, elle qui avait tant pleuré son fils spirituellement mort ? Il la pleurait visiblement, mais sa tristesse de fils désolé était pleine de cette merveilleuse consolation que la foi et l'espérance donnent aux âmes. L’amertume associée à l’anxiété Saint Thomas d'Aquin définit la tristesse comme étant la douleur de l'âme. Cette douleur spirituelle, qui peut accompagner la douleur physique, s'en distingue quant à son mode de perception et quant à son objet. Elle se distingue d'abord de la douleur physique en ce qu'elle est saisie, non par les sens extérieurs, mais par l'imagination et la raison. Appréhendée par l'intelligence, elle consiste en une réaction douloureuse de la volonté vis-à-vis du mal, qui contrarie ce vers quoi elle tend comme vers son bien ; de sorte qu'elle réside proprement dans la volonté qui souffre d'être contrariée.. D'autre part, la tristesse se distingue de la douleur physique quant à son objet. L'objet de la douleur physique est un mal qui est physiquement présent. Tandis que l'objet de la tristesse est un mal qui n'est pas nécessairement présent physiquement, mais qui, comme cause de douleur spirituelle, peut être passé ou futur. Cela signifie que le mal engendrant la tristesse repose sur une perception subjective sans doute actuelle, qui rend présent dans la conscience un mal qui n'est pas nécessairement présent physiquement. Par où l'on comprend que, dans la tristesse, l'imagination peut jouer un rôle plus ou moins grand. C'est ainsi, par exemple, que l'amertume est une tristesse qui plonge ses racines dans le passé, et que l'anxiété est une tristesse qui se rapporte à l'avenir. Septent a perdu un avant –gardiste avisé en la personne d’Eddy Francois.Il y a certainement d’autres avant-gardistes bien connus, mais on vivra longtemps dans l’anxiété et dans l’amertume de rencontrer un avant-gardiste aussi dévoué , passionné, motivé et aussi engagé qu’Eddy François .Cette tristesse, étant de nature spirituelle, elle n'est donc pas comme la douleur physique, liée à un temps déterminé où le mal est extérieurement présent. En elle-même, la tristesse, comme réaction à la douleur de l'âme, n'est ni bonne ni mauvaise moralement. Elle est la réponse de notre sensibilité au mal dont l'âme a pris conscience. Elle est un signal d'ordre sensible que quelque chose ne va pas selon le désir de notre volonté en quête de bien. Elle est aussi parfois en nous comme un appel à chercher du secours pour retrouver la joie, car, comme nous l'avons dit, nous ne sommes pas faits pour la tristesse mais pour la joie. Cela signifie que la tristesse, comme réaction naturelle au mal qui nous afflige, a besoin d'être contenue dans certaines limites; elle a besoin d'être modérée et équilibrée par la raison, c'est-à-dire par la vertu cardinale de force, qui s'exprime principalement par le courage et la patience. Si elle n'est en aucune façon maîtrisée par ces vertus, elle tend à prendre le contrôle de nos facultés sensibles d'abord, puis de nos facultés intellectuelles. Une très grande fragilité s'installant dans la personnalité est le résultat d'une tristesse incontrôlée, c'est-à-dire à laquelle on n'oppose aucune retenue venant de la raison. S'il est naturel de pleurer à cause d'une très vive peine, il n'est pas naturel de pleurer pour rien, d'être toujours à gémir, à se lamenter à la moindre contrariété. Eddy François mérite mieux que des lamentations. Qu’il aide ses collaborateurs, là où il est, à trouver le courage et l’énergie nécessaires pour continuer la lutte et ramasser des lauriers sur tout le parcours en son nom ! L’Orchestre Septentrional, terriblement éprouvé par cette lourde perte , présente ses plus vives condoléances à sa famille particulièrement à sa femme , à ses sœurs , à ses collègues de travail, à ses collaborateurs du Club Septent ainsi qu’à ses nombreux parents , alliés et amis affectés par ce deuil. Qu’ils trouvent ici l’expression de ses profonds regrets. !

Réagir à cet article