Sommes-nous malades de la peste ?

Publié le 2017-01-06 | Le Nouvelliste

Editorial -

« Un mal qui répand la terreur, Mal que le Ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre, La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom) » C’est ainsi que commence la fable « Les animaux malades de la peste » de Jean de La Fontaine. Cela fait tellement ringard de nos jours de réciter par cœur un texte que l’on oublie que les écrits du grand fabuliste, publiés il y a des siècles, portent des leçons qui n’ont pas d’âge ni de date d’expiration. La peste décrite peut être comparée ou remplacée par n’importe quel autre fléau contemporain. Un pays, une société peut permuter avec la forêt campée par l’auteur. Il suffit d’un peu d’imagination. Pour sortir de la peste : « Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis, Je crois que le Ciel a permis Pour nos péchés cette infortune ; Que le plus coupable de nous Se sacrifie aux traits du céleste courroux, Peut-être il obtiendra la guérison commune. » Le lion dont parle ici La Fontaine est le chef, le président, le guide ou l’éclaireur. Dans toute société, selon les époques et les besoins, un homme, une femme se lève et propose, par devoir, par fonction ou par inspiration, une réflexion, une action, une initiative pour passer le cap d’une embûche. La quête de la rédemption passe par la reconnaissance des fautes ou des faiblesses et on voit bien ce que dit le lion de la fable : « Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons, J'ai dévoré force moutons. Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense : Même il m'est arrivé quelquefois de manger Le Berger. » Comme cela peut se produire de nos jours, le chef fut vite interrompu par un flatteur comme il en court les rues à notre époque : « - Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ; Vos scrupules font voir trop de délicatesse ; Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce, Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes, Seigneur, En les croquant, beaucoup d'honneur. » Pour dépeindre la société, La Fontaine fit prendre la parole par un humble parmi les humbles : « L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance Qu'en un pré de Moines passant, La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense Quelque diable aussi me poussant, Je tondis de ce pré la largeur de ma langue. Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net. » A ces mots on cria haro sur le baudet. Un Loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue Qu'il fallait dévouer ce maudit animal, Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal. Sa peccadille fut jugée un cas pendable. Manger l'herbe d'autrui ! Quel crime abominable ! Rien que la mort n'était capable D'expier son forfait : on le lui fit bien voir. » Et c’est alors que la morale de l’histoire fut tirée : « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » De la fin du XVIIe siècle à nos jours, les paroles de Jean de La Fontaine gardent toute leur acuité. Certains y font référence pour construire une jurisprudence où la force ou l’argent ont le dessus sur les lois. D’autres citent cette fable pour dénoncer les imperfections de la société. Selon que vous croyez que nous vivons dans une jungle sans règle et sans repère, vous pouvez même décliner la morale en « ami ou ennemi, ici vous serez coupable ou pas ». Il nous suffit simplement de choisir dans quelle forêt nous vivons.

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