Notre perpétuel recommencement broie l’économie

L’écho de l’éco

Publié le 2017-01-06 | Le Nouvelliste

Economie -

Quand le simple citoyen a constaté la confirmation de l'élection d’un président de la République et les élections d’une grande partie des députés et des sénateurs, le calme apparent qui s’en est suivi laisse augurer une paix même de courte durée. Les agents économiques allaient bien espérer, rien qu’aux perspectives d’un semblant de stabilité socio-économique. Mais quand la radio annonce l’arrestation du sénateur élu Guy Philippe, les réseaux sociaux s’enflamment aussitôt. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Dans la Grand’Anse en particulier, on a appris que des commissariats ont été attaqués, des pneus enflammés jonchaient certaines rues de Jérémie, de Pestel et quelques autres localités notamment de la Grand’Anse, ce département grenier du pays déjà rudement affecté début octobre par l’ouragan Matthew, qui risque encore de payer le plus lourd tribut de l’insécurité alimentaire ou des crises à répétition. Rien n’est moins sûr en Haïti qu’un calme apparent. Rien ne présageait que la journée du vendredi 5 janvier allait connaître de pareils troubles. On va devoir vivre avec. Déjà, les chiffres de l’économie ne sont pas les meilleurs pour l’année qui vient de s’achever. On ne va pas y revenir. Cependant, la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), qui ne tient pas compte des bouleversements qui surgissent souvent de nulle part, ne prévoit que 1% de croissance du PIB national. Inacceptable pour près de 11 millions d’habitants. A la capitale, vendredi soir, quelques rues sont désertes, bien d’autres, comme d’habitude, sont bondées de gens qui commentent la suite des évènements de jeudi et le résultat des récentes élections. La prudence est de rigueur dans les rues. Dans plusieurs rues de la capitale et de toute la zone métropolitaine, il n’y pas lieu de parler de panique. Mais cette situation va certainement alimenter les anticipations négatives qui minent toute économie. Faut-il rappeler que l’économie est une science au service du social ? Une nation qui veut se mettre au travail et sortir des sentiers battus peut-elle se permettre de recommencer à chaque instant ? Aujourd’hui plus qu’autrefois, à cause de l’interrelation, de l’interpénétration des modes de consommation dans le monde, notre destinée est inextricablement liée à celles des autres. Les voisins les plus proches de la région caribéenne ou de l’Amérique tout simplement. A bien entendre les interventions d’autorités, ou interpréter le silence des autres dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux, on est en droit de se demander où va le pays ? A chaque grand choc, chaque fin de crise, on espère sortir définitivement de l’incertitude, du doute, des déchirements, mais on se rend compte que c’est un perpétuel recommencement. Quand allons-nous prendre conscience qu’Haïti est un pays à part entière et dont les fils doivent recoudre le tissu social pour redevenir ce que les ancêtres ont voulu faire de cette nation ? Et par-dessus tout prendre la voie du développement. Avant d’inviter les étrangers à venir investir chez nous, nous devrions créer et afficher la sérénité nécessaire, nous du pays haïtien. Ne faudrait-il pas matérialiser de grands chantiers pour nous convaincre nous-mêmes de notre existence de peuple qui rêve de prospérité? Sinon, pourquoi continuer à bluffer ? Le monde nous a à l’œil.

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