Bilan/Banque centrale

La BRH n’a pas de remords pour 2016

Le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Jean Baden Dubois, a déclaré que la situation du taux de change pourrait être pire si son institution n’avait pas pris une batterie de mesures maîtriser tout dérapage de la monnaie nationale. Il explique le comportement des agents économiques qui a causé cette dépréciation de la gourde, passée de 58 à 68 gourdes environ en un an. Jean Baden Dubois s’est prêté au jeu des questions et réponses avec l’économiste Kesner Pharel. Le gouverneur n’a rien regretté de ce qui s’est passé durant l’année 2016.

Publié le 2017-01-05 | Le Nouvelliste

Economie -

Passer de 58 à 68 gourdes pour un dollar américain, en une année, exige une explication du gouverneur de la banque des banques. Sans les mesures de la BRH, que deviendraient le taux de changes ? Des variables sont structurelles : le déficit de la balance commerciale par exemple. « En outre, la plus grande partie des fonds en dollars qui laissent le pays servent à importer. La plus grande partie des importations concernent les produits alimentaires », a fait savoir Jean Baden Dubois qui croit que le marché local pourrait stopper cette hémorragie de la gourde si tous les acteurs de l’économie jouent correctement leur partition. Le patron de la banque centrale est persuadé qu’à cause de la situation socio-politique, les agents économiques font de la rétention. Ils achètent des dollars, pas forcément pour effectuer des transactions mais pour thésauriser, se protéger contre la hausse de changes explique le gouverneur de la Banque des banques. « Il s’exerce alors une énorme pression sur la gourde. La BRH a dû réagir. En 2016 on a mis en circulation 109 millions de dollars sur le marché », a précisé Dubois. Jean Baden Dubois a ajouté qu’en analysant de très près, on se rend compte qu’un grand acteur du secteur pétrolier ayant besoin de fonds en dollar en permanence assèche le marché. Toute une batterie de mesures a été mise par la banque centrale pour maitriser le taux de changes. Mais le taux de changes n’est le seul problème à résoudre au sein de la république. Dans ce contexte des deux ans d’élection où les anticipations sont négatives, les agents économiques veulent avoir une idée de l’avenir. « Quand l’international a refusé de financer les élections, le gouvernement haïtien a répondu qu’il va financer à l’interne. Pas moins de 55 millions de dollars étaient nécessaires au financement des élections de 2015. Une fois que nous l’avons appris, nous nous sommes mis au travail avec le ministre de l’Economie et des Finances. Le plus important la BRH a clairement fait savoir que ce ne doit pas être du financement monétaire », a déclaré M. Dubois. Jean Baden Dubois qui intervenait, le 2 janvier 2017, à l’émission « les grands rendez-vous économique » de radio et télé Métropole, a informé que pour financer les élections avec des fonds nationaux qu’il s’était mis ensemble avec le ministère de l’Economie et des Finances pour faire le montage financier. Le terme de montage financier n’a pas été choisi au hasard. Il a fallu identifier la source des fonds sans que le financement de la BRH ne soit affecté. Pas une gourde de la Banque centrale n’a été fournie. Les chiffres de l’année 2016… L’année 2016 a été une année difficile, et pour plusieurs raisons, selon Dubois. « Pendant 2016 la banque centrale a navigué du mieux que possible. Je m’explique : c’est vrai que nous avons enregistré un taux de croissance de 1,4 % supérieur au taux révisé de l’année dernière (1,2%). Pourtant, bien des prévisions ont projeté un taux inférieur », a-t-il indiqué. Selon l’Institut Haïtien de Statistique et d’informatique (IHSI), l’agriculture- qui est passé de -5% dans l’exercice précédent à plus de 3% durant le dernier exercice- est à la base de ce changement. Mais, à cause des dégâts causés par l’ouragan Matthew en octobre on a perdu entre 20 et 25 du PIB sur l’année civile. Le taux d’inflation a connu une augmentation. « Les changes : en regardant les paramètres macro-économiques, ils ne sont pas au rouge Mais ce n’est pas ce qu’on aurait souhaité », a confié Dubois qui explique que les finances publiques demeurent dans une fourchette relativement acceptable durant l’année. (9,9 milliards de gourdes de déficit budgétaire en septembre 2016 contre 4,5 milliards de gourdes dans l’exercice 2014-2015. Le cash management, dit-il, a marché très bien, c’est comme un actif pour le ministre de l’Economie et des Finances. L’Etat n’a pas collecté les recettes prévues. Quant à la pression fiscale, elle est passée de 13,3 en 2015 à 13,6 en 2016, une légère hausse. Il faut se souvenir du déficit structurel de la balance des paiements depuis plusieurs années. Pendant l’année qui vient de s’achever, rappelle le gouverneur de la banque centrale que le déficit a été diminué, mais, pas comme on l’aurait souhaité. « Et cette diminution n’a pas été causée par une plus grande production dans le pays, mais de préférence par ce que les prix du pétrole ont baissé sur le marché mondial. Lorsque l’inverse se produira, notamment quand les prix du pétrole vont atteindre probablement des hausses, ils vont peser très lourd sur notre économie. » Les dons ont connu une baisse considérable en 2016, rien que 45 millions de dollars, le plus bas niveau jamais atteint depuis quelques années. « Heureusement, les transferts sans contrepartie de la diaspora (autour de 2,3 milliards de dollars) sont venus compenser la balance des paiements. Les incitations en faveur de la croissance ont deux effets : dans l’agriculture, elles permettent de diminuer les importations, et, en respectant des standards convenables le pays peut même exporter », a souligné Jean Baden Dubois. Selon lui, dans les deux sens, la balance des paiements serait améliorée. Cela fait toujours partie de la mission de la Banque de la république d’Haïti (BRH). Et le rôle de la banque centrale Que peut faire la BRH pour mieux faire fonctionner l’économie ? L’année 2016 était dure pour le simple citoyen haïtien. La BRH ne peut évoluer en vase clos, a fait remarquer son gouverneur. C’est un fait. « Il nous faut une harmonisation des pratiques publiques et de la politique monétaire. Lorsqu’on vise le développement dans un endroit précis, la Banque de la république d’Haïti (BRH) peut intervenir auprès du système financier pour permettre d'avoir des prêts qui font partie des incitations spéciales. « La banque centrale, insiste-il, dispose de ce pouvoir ». Sans détour, Dubois a affirmé qu’il est important de se mettre ensemble, et on doit compter sur tous les autres acteurs pour jouer leur rôle correctement. « Le Parlement a son rôle à jouer », a-t-il insisté. Actuellement des lois importantes à voter qualifiées PRO-CROISSANCE. Le gouverneur de la BRH cite en exemple, la proposition de loi sur le gage sans dépossession ou Leasing, ou celle sur la micro-finance, celle sur les coopératives, un amendement sur ce secteur. De même qu’une proposition de loi sur le Bureau du crédit en vue de la démocratisation du crédit, on n'a pas besoin d'être connu ou avoir un parrain, ni même un avaliseur pour accéder au crédit, le bureau de crédit va aider à dresser le caractère des demandeurs de crédits. La façon d'honorer ses obligations ou de rembourser ses prêts, l’historique du crédit est un paramètre fondamental dans l’octroi du crédit au particulier. Le vote de la proposition de loi sur les assurances et très attendue, la proposition de loi sur le code du travail est en souffrance au Parlement. Autant d'instruments juridiques qui permettraient d’avoir une assise légale pour engager des projets. « Nous insistons pour avoir une classe moyenne beaucoup plus élargie, a compris Jean Baden Dubois. Il faut recommencer à former des techniciens. « Nous devrions avoir de cordonniers, de tailleurs, d'ébénistes. Mais parallèlement l’Etat doit instituer des règlements, Comme par exemple que 30% des meubles de l’administration publique soient fabriqués en Haïti ». Cela permettrait d'ouvrir le marché local et créer des emplois ». Faut-il renforcer la Commission nationale des marchés publics (CNMP) comme mesure d’accompagnement, s’est demandé Kesner Pharel. Toute une série d'éléments vont permettre à ce mécanisme de se mettre en branle, indique le patron de la banque des banques. « Nous n’avons pas de contact direct avec le consommateur final », a souligné M. Dubois qui ajoute que son institution doit nécessairement utiliser le système financier existant. Il fait référence aux banques et autres institutions financières. Il y a pleins de nouveaux venus dans le système financier, dit-il, l’un d'entre eux est le PROFIN. Les coopératives, l’agriculture, les incitations « Les consommateurs doivent savoir qu'une coopérative légale est enregistrée à la banque centrale. Comme la liste des banques, une liste de coopératives est disponible à la BRH ou sur le site internet de l'institution. Les coopératives dites financières sont supervisées par la BRH qui garantit l'argent des déposants. Le public ne peut atteindre la BRH que via les institutions financières agréées. Selon une étude menée par l’Université Quisqueya, citée par le gouverneur de la banque centrale, 3% de croissance dans l’agriculture pourrait entrainer 1,2% du PIB national. Il y a tellement de risque dans l’agriculture. La BRH a aussi commandité une étude dans le domaine de l’assurance agricole, la bonne voie pour tendre la main à ce secteur. La banque centrale est en pourparlers avec le MEF pour disposer d’un fonds de garantie. Les banques commerciales, telles que nous les connaissons, ne vont pas prendre ce risque avec l’agriculture. Ce fonds de garantie permettra de partager les risques entre la BRH et les institutions financières.

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