Réveillons-nous !!!

Publié le 2016-12-26 | Le Nouvelliste

Editorial -

La fête de Noël s’est déroulée sans incident notable. Cap sur les fêtes de fin d’année. Le 24 décembre, comme cela est une tradition, les gens de tout âge ont gagné les rues pour humer la fête, pour fêter, pour s’étourdir tout à la fois. Chacun a fêté à sa mesure, à sa démesure, comme il pouvait, pas toujours comme il le voulait. Cela fait des années que chaque célébration traditionnelle en Haïti est hypothéquée par des considérations qui n’ont rien à voir avec l’événement ou avec l’envie profonde des potentiels fêtards. La Noël et le carnaval, à Port-au-Prince plus particulièrement, sont rarement célébrés sans arrière-pensée. Cela va si mal dans nos têtes que même nos chansons de Noël sont devenues des plaintes, des réprimandes, des récriminations, des appels à l’aide. Le plaisir et le bonheur de fêter sont gâchés par les petits pépins du quotidien, par les faiblesses du service de ramassage des ordures, par des élections qui ne respectent plus aucun calendrier, etc., etc. A regarder de plus près, c’est chaque jour, chaque soir, chaque week-end, que mille occasions de s’évader sont emprisonnées dans la région métropolitaine. Le sport n’attire plus la grande foule dans les rencontres programmées. Les bals ne rassemblent que quelques milliers de fans. Les restaurants sont pour une petite poignée de gourmets. On mange encore en Haïti, souvent chez la marchande, mais on le fait machinalement, sans prendre le plaisir de partager un repas ou une bonne bouffe. Manger et boire ne sont pas des fêtes populaires. C’est une célébration de l’entre-soi. On aime encore la musique, chacun, écouteur à l’oreille, fredonne ce qu’il veut. Il y a bien le carnaval, mais il est de temps à autre enserré dans le corset de l’actualité politique. On adore le football, mais devant un téléviseur, pour une affiche étrangère. On vibre pour des stars d’ailleurs, des championnats qui ne nous permettront jamais de renforcer notre équipe nationale ni de nous retrouver dans une ambiance d’enfer à hurler ensemble notre joie pour une même équipe. C’est toute une économie du sport, de la fête, de la nuit, du plaisir, du bonheur qui est à l’index dans la région métropolitaine. Athlètes, arbitres, marchands, serveurs, cuisiniers, barmans, vendeurs, musiciens, prostituées, producteurs, agriculteurs, chauffeurs, personne ne fait le compte de tous les emplois perdus. Des opportunités ratées. Des incidences sur la santé mentale des millions d’hommes et de femmes qui vivent dans la région métropolitaine qu’entraîne cette démission de la population devant ces droits acquis qui se délitent. Qui investira dans la revivification de la vie nocturne dans la grande région métropolitaine ? Qui trouvera enfin anormal que la capitale se repose plus de douze heures par jour ? Ailleurs, on s’arrange pour travailler au noir, ici on en profite pour dormir.

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