Le mauvais mariage…

Publié le 2016-12-20 | Le Nouvelliste

Editorial -

« Politisyen ap kraze peyi a !!! » Pour fielleuses qu’elles puissent être, les récriminations n’ont pas altéré l’étonnante capacité d’adaptation de nos politiques. Ils sont passés maîtres dans l’art de se recycler, sans pour autant se départir de leur ADN de « criseurs » et de jouisseurs au pays où la mort politique et sociale reste une vue de l’esprit. S’il est vrai que leurs mains expertes ont tricoté de multiples crises aux conséquences économiques et sociales désastreuses, ils ne sont pas les seuls à l’œuvre. L’histoire a en effet amplement démontré que des hommes politiques, flanqués de qualificatifs « d’homme de gauche ou de droite », servent souvent des intérêts économiques particuliers, trop souvent incompatibles aux intérêts collectifs, aux intérêts nationaux. La main dans la main, des hommes politiques et des hommes d’argent ont mis à mort le protectionnisme intelligent, participé au démantèlement systématique de certaines filières, appelé à l’application de politiques néolibérales qui ont affaibli l’État, les capacités de production du pays et ouvert les veines d’Haïti. Ce mariage aux effets pervers, funestes, a mis dans un même lit la pauvreté et l’instabilité politique. La critique, sans entrer dans les causes objectives de l’instabilité politique, choisit l’homme politique pour porter seul le chapeau du mauvais mariage. C’est dommage !!! Entre-temps, ces dernières semaines, les communiqués d’associations patronales se sont multipliés sur fond de manifestations, d’accusation de coup d’État électoral au profit de Jovenel Moïse, candidat à la présidence du PHTK donné gagnant par les résultats préliminaires. L’inquiétude est palpable face aux intimidations, menaces même pas voilées contre des figures proéminentes du secteur privé. Sans ambages, il faut condamner ces menaces et appliquer les dispositions prévues par la loi en la matière. Mais il y a comme un air de déjà-vu qui accuse, met à nu l’incapacité des forces d’argent, des chambres de commerce à aider à la modernisation des partis politiques. Où est passé le projet d’un nouveau contrat social après 2004 ? Pourquoi n’a-t-on pas fait la promotion d’un nouveau contrat économique entre les différents groupes économiques dont les affrontements par politiciens interposés ont alimenté l’instabilité politique ? Pourquoi les possédants, prompts à financer à la dernière minute, comme ils pourraient parier sur le cheval le plus en jambe dans une course, ne financent pas, n’encouragent pas les pouvoirs publics à financer la modernisation des partis politiques ? Pour qu’il y ait une vraie vie démocratique au sein des partis politiques portés par des projets, des idées novatrices et progressistes. Pour que la classe moyenne s’approprie ce pays, ait la possibilité d’investir, d’oser penser détenir des actions dans des entreprises jusqu’ici à dominante familiale qui auront tout à gagner en ouvrant leur actionnariat. La politique du paiement de moins de taxes pour tout le monde et le maintien des monopoles est-elle encore soutenable ? Au fait, la réponse est non. Tout le monde le sait. Et tout le monde sait aussi qu’il n’est pas le premier, cet ambassadeur, à appeler le secteur privé à voir plus grand, sortir des bénéfices rapides, à petite échelle pour mettre le pays en ordre de marche sur la voie du développement et rompre ce mauvais mariage…

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