«Repenser la diplomatie haïtienne»

Publié le 2016-12-29 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

La diplomatie remonte à la nuit des temps. Elle a toujours été considérée comme une arme fatale à double tranchant et redoutable , à laquelle très peu de nations, de peuples et de simples entités étatiques ont su opposer une résistance farouche. Elle est aussi un moyen utilisé par ces mêmes entités pour régler leurs différends. À bien des égards, pour ainsi dire, la diplomatie est vue sous un angle comme l’instrument, celui qui pourrait aider vraiment à sortir du bourbier dans lequel des partenaires se trouvent empétrés. Elle peut aussi être un boomerang lorsqu'elle est mal utilisée contre n’importe quelle entité passive, ringarde. D’où l’absolue nécessité d’en faire bon usage et non un usage abusif ou démesuré. Comment voir et comprendre la diplomatie haïtienne, si réellement il en a existé une ? La diplomatie, étant aussi cet instrument qui permet à des États en déliquescense de résoudre pacifiquement leur litige , est également - quand toutes les voies de négociation se seraient épuisées - la seule boussole, le seul phare capable d’éclairer ,de guider les peuples, les dirigeants vers la paix ou vers la guerrre. Pourquoi parle-t-on de diplomatie quand on sait qu’elle est l’art de négocier, quand on sait qu’en tant qu’art, elle est inhérente à l’espèce humaine ? Pourquoi encore parler d’une diplomatie haïtienne ? On n’a pas besoin de passer par quatre (4) chemins pour dire résolument oui il faut en parler ; car Haïti fait partie du concert des nations et a toujours participé aux prises de grandes décisions mettant en cause les États-nations de la biosphère. Peut-être, dans la logique même de son existence comme sujet du droit international, ayant au lendemain de son acte de naissance , acte fédérateur des pères fondateurs de cette nation, une certaine reconnaissance par ses pairs , nonobstant toute l’hypocrisie qui accompagnait leurs efforts (reconnaissance), ne serait-il pas opportun que soit posée la question qui ne cesse de tarauder l’esprit de plus d’un observateur et commentateur, comme celle qui se veut être déterminante à savoir : Quel est l’état de la diplomatie, exist-il une diplomatie haïtienne ? Comme il est mentionné plus haut ,il a toujours - et ceci à l’origine - existé une diplomatie haïtienne dès les premières heures de la proclamation qui a suivi la lecture de l’acte de l’indépendance. Même les plus occultes des détracteurs admettront et reconnaîtront qu’Haïti fut très active sur la scène internationale et s’en va jusqu'à attiser la jalousie de ses voisins de l’hémisphère et encore outre-Atlantique. À telle enseigne qu’elle en vint à représenter une réelle menace pour les pays, grands pourvoyeurs de colonies, lesquels n’entendaient nullement baisser les bras ni accepter l’indépendance, puisque l’esclavage, la colonisation représentèrent pour eux seuls une véritable entreprise très rentable. Aussi doit-on rappeler les faits à l’origine de la haine des puissances coloniales pour Haïti, qui se fait de plus en plus menaçante sur ce continent, y compris ailleurs. Après l’indépendance, Haïti avait tous les projecteurs braqués sur elle. Ce jeune État attirait les regards et, de surcroît, accueillait favorablement les demandes des peuples en lutte pour leur libération de l’esclavage. Cette attitude vient de la volonté d’Haïti d’aider d’autres pays qui souhaitent expérimenter, voire appliquer les recettes haïtiennes dans leurs luttes pour la libération de leurs terres occupées par les Espagnols. À ce stade de l’animation de la diplomatie haïtienne qui se veut être dynamique et évolutive, il faut aussi comprendre la réalité de l’heure. Tout allait vite et rien ne pouvait être laissé au hasard, ni négligé. Or, il fallait aller d’un train en harmonie avec les échéanciers révolutionnaires . D’où les nombreuses visites de certains leaders latino-américains auprès de l’administration d’Alexandre Pétion, notamment Bolivar, Miranda et tant d’autres émissaires qui agissaient dans l’ombre. Pendant que le président Pétion s’occupait de la nature de l’aide à multiples facettes à octroyer à cette partie de l’Amérique, les indépendantistes grecs, sur le continent européen, n’ont cessé de solliciter de cette même administration une aide urgente et substantielle. Puisqu’il s’agit de créer (d’ouvrir) des brèches, la réponse ne se fit pas attendre ; car, derrière, il y avait l’idée de promouvoir l’image d’une jeune nation par la diplomatie. Ansi, l’administration Pétion envoya de l’argent en monnaies sonnantes et trébuchantes, des hommes, des armes et des munitions, du café, le tout en quantité suffisante jusqu’à ce que la Grèce parvienne à obtenir son indépendance en 1830, et ce grâce à Haïti, dont la diplomatie aujourd’hui se cherche . Le boycott des effots déployés par ce jeune État est très certainement à l’origine du mal qui le ronge par ses racines, on est d’accord ! Mais , depuis , qu’avions-nous fait pour réviser l’état de la diplomatie du pays ? Sachant que l’une des fonctions régaliennes d’un diplomate c’est la promotion de son pays, cela doit aussi se faire en adéquation avec les moyens dont l’État accréditant se doit de disposer pour atteindre ses objectifs. Ce qui, de l’avis de plus d’un observateur peu ou prou avisé, est loin d’être le cas . Et cela , au regret de le dire, c’est bien le cas ,voire une évidence, au point de crier: «Halte là!» Dans les annales diplomatiques de la biosphère, le nom d’Haïti qui devait être écrit en lettres de feu est à peine perceptible, parce qu’elle est mal représentée. Cette diplomatie mal en point, pour avoir été mal conçue à l’origine, ne saurait être à même, à l’aube du XXIe siècle, d'aider ce pays à se relever du gouffre dans lequel il se trouve, plus de deux siècles, plongé et dont il ne peut s’en sortir que par le salut d’une nouvelle diplomatie. Oui, une diplomatie bien fagotée et mesurée à l’aune des diplomaties agissantes. Quid d’une nouvelle diplomatie haïtienne ? Il n’y a pas de doute que la République d’Haïti, au classement des pays jouissant et profitant des retombées de leur diplomatie réfléchie et planifiée, ait quelque chose à vendre aux enchères. Rien, absolument rien ne prédispose un renouveau d’Haïti. S’il en est ainsi, une diplomatie flambant neuve s’impose ! En conséquence, il faut une refonte de la diplomatie haïtienne, insérée dans une nouvelle dynamique, faisant l’objet d’un plan stratégique de développement décennal tout au moins. 1. Ce plan serait minutieusement étudié et exécuté à partir d’un budget variable, selon un coût approximatif. 2. Il contiendrait les modalités de recrutement du personnel des diférentes missions diplomatiques qui se doivent, avant toute chose, d’être représentatives. Cela sous-tend que les choix seront rationnels et, il n’y a pas à en sortir de là, un choix méticuleux contribuera certainement à rehausser l’éclat du pays. D’autres l’ont fait, pourquoi pas Haïti, avec tout ce vivier de cadres, de jeunes diplômés (réservoir ) dont elle dispose? Il suffit d’utiliser à bon escient les jeunes qui sortent des différentes écoles diplomatiques, en accordant la chance aux plus capables sur la base de la méritocratie. Et, petit à petit, Haïti posera les jalons d’une réelle et sérieuse diplomatie . Par-dessus tout, l’État a pour obligation de doter le pays d’une élite politique, de spécialistes en relations internationales, en diplomatie qui sortiraient de l’Académie nationale diplomatique de Port-au-Prince (ANDP). 3. En vue d’une sérieuse mission préalabement définie par le ministère de Affaires étrangères, Haïti, via le gouvernement, procédera à une constante évaluation des ambassades ou différentes missions , afin de s’enquérir de leurs activités réelles. Pour ce faire, il sera nommé à deux niveaux un directeur des ambassades (vérificateur) flanqué d’un adjoint qui s’adjugerait le rôle de vérification d’identités réelles et effectives du personnel desdites misions . 4. Comme sus-mentionné, étant donné qu’un pays doit avoir les moyens de sa politique, de sa diplomatie, il est évident que soient dégagés des fonds en vue de l’atteinte des objectifs. Donc, le directeur des ambassades (missions) aura à sa disposition un vérificateur des comptes afin que bon usage soit fait desdits fonds. 5. Un code d’éthique et déontologique sera remis à chaque membre du corps diplomatique, incluant une batterie de sanctions qui seront appliquées envers les fraudeurs, les dilapideurs de fonds publics. Fort de ces considérations, l’on comprend que l’avenir de ce pays, en quête d’une nouvelle image, doit, avant toute chose, passer par une prise de conscience. Oui, une prise de concience rectificative qui mettrait à mal cette crise d’hommes dont le pays souffre profondément. Cela dit, à force d’y croire et de bosser avec fougue, Haïti , à l’instar d’autres pays, pourrait se refaire une nouvelle image et sortir la tête de l’eau par la diplomatie. Il suffit d’avoir un peu de volonté, qu’au niveau interne soit définie une polique étrangère axée sur le développement des affaires, le social, la promotion du tourisme, tout cela en répondant aux exigences des grands défis de l’heure. Vive une nouvelle diplomatie haïtienne ! Vive le renouveau d’Haïti ! Jean-Raymond Exumé Spécialiste des relations internationales Professeur des universités Tél. : 3699-2494 / 3478-2197 Port-au-Prince , le 27 novembre 2016

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