Simple hommage à Jacquelin Périclès

Publié le 2016-12-19 | Le Nouvelliste

Société -

Kern E. JEAN-FRANCOIS « Celui qui sème le bon grain de bonne foi ne pense jamais à la récolte des fruits. » La vie est tissée d’évènements heureux et malheureux qui la rendent tantôt gaie et tantôt triste. Un mariage, une naissance ou un baptême apportent dans un foyer un regain d’espoir et une sensation de bien-être qui font oublier parfois la précarité de l’existence humaine. De même, l'accident, la maladie ou la mort d’un être cher jettent dans la consternation les membres d’une famille, les amis et les contemporains pour qui – à partir de cet instant – la vie semble ne plus mériter d’être vécue. Ces réflexions me sont venues à l’esprit à la nouvelle de la mort de Me Jacquelin Périclès, limonadien authentique et nordiste de souche pure, ancien élève du lycée national Philippe Guerrier du Cap-Haïtien qui a livré une lutte acharnée contre l’inévitable sur un divan de douleur. C’est un combattant et un homme de bonne volonté qui vient de s’en aller. Le cancer de la prostate qui le minait depuis quelque temps a fini par avoir raison de lui. Il est parti. Sans bruit. Jacquelin Périclès s’en est allé de la manière dont il a toujours vécu. Dans la sérénité et la dignité. Il s’en est allé. Sans tambour ni trompette. À l’écart de la foule et de la cohue qui hue. Pour servir de témoignage aux êtres humains de tous les temps que la mort peut n’être ni affreuse ni redoutable. Une conscience droite, servie par un cœur dévoué et généreux, une âme cultivant le scrupule, meurtrie par les ambiances sociales, une nature d’élite par son zèle humanitaire qui ne trahissait pas : voilà en peu de mots le regretté défunt auquel des amis et des élèves faisaient le samedi 05 novembre 2016 d’émouvantes funérailles. « Adieu Pépé, tu vivras toujours à travers la promotion 2002-2009 du collège Aux Jours Heureux. » Telles sont les paroles que j’ai lues sur le dossard des maillots de couleur blanche imprimés en noir des anciens élèves de ce brillant professeur de lettres, de latin et de pièces classiques. Debout sur le parvis de l’église Notre-Dame du Rosaire de la Croix-des-Bouquets, la vaillante et fière cité qui a vu naître Madame Pierre Eustache Daniel Fignolé née Carmen Jean- François, l’ex-première dame de la République, le jour des funérailles, une émotion inconnue me saisit au cœur. Médusé par ce spectacle lugubre, j’ai dû me retenir pour ne pas pleurer. Il fut donc un caractère. Lorsque, de nos rangs, disparait ce type précieux, l’homme de caractère, vous n’avez pas besoin de le connaître, d’avoir mené avec lui une existence intime, pour vous unir à ceux qui le pleurent. Car chaque homme de bien qui tombe, chaque âme d’élite qui se retire, emporte une bonne portion des saines espérances. Notre société vacillante réclame des esprits capables de souffrir pour conserver leur dignité, capables d’éviter les défaillances mortelles. Que de sacrifices – souvent pénibles à l’être humain – ne faut-il pas affronter, pour cela ! Que d’épreuves à traverser ! Et le mérite consiste alors à travailler pour se tenir en équilibre, afin de ne pas être anéanti, à se rendre encore utile dans le milieu, où l’on livre cette lutte de résistance. Ce mérite-là, Jacquelin Périclès l’avait. Et, c’est probablement pour s’être familiarisé à cette noble attitude qu’il faisait des rêves où se dessinait son idéal élevé. La joie profonde que l’on éprouve à semer le bien, il la ressentait étroitement. Aussi, ses élèves pouvaient-ils l’appeler paternellement « Pépé ». Il se représentait, en effet, sa profession comme un vaste champ de bonté ; entretenu surtout au service de ses élèves. Que de bourses d’études n’avait-il pas accordées à plusieurs parents pour soulager leur misère ! Me parlant un jour en ce sens, je me souviens qu’il me disait combien il voudrait même dépasser un honorable et réputé collègue qui, dans son collège, élève, se plaît-on à répéter, son cœur aussi haut que la taille imposante dont il est doué par la nature. Il est difficile d’arriver au prime abord à déterminer le prix d’une bonne action. Mais, on ne perd jamais à la commettre. Nul - même s’il eut un cœur de pierre – ne saurait ne pas s’attendrir devant les gémissements de la foule, les regrets profonds exhalés par les malheureux auxquels le bienveillant directeur tendait le fond de sa modeste bourse. Ils sont tous venus voir comment ce fervent de la bienveillance est mort et, devant son cadavre, ils ont été plongés dans la consternation. Si l’écho de ce faisceau de voix unanimes qui saluent son départ de ce monde pouvait parvenir à notre bon ami Pépé, il saurait combien il fut aimé de toutes les couches sociales. Et pour cause, son âme a dû être fière de la pieuse manifestation où les élèves de son collège et ceux du lycée Jacques 1er se chamaillaient, avec le cœur endolori et les yeux rougis par les larmes, pour porter à bras son cercueil, en longeant gravement la grande artère qui conduit à l’église, en venant du parloir funèbre Génus Eugène, en cette matinée d’automne, mosaïque de couleurs aux multiples teintes, adoucie par un soleil clément. Dans son homélie de circonstance, dont seul il a l’expérience et le secret, le prêtre n’a pas tari d’éloges lors de la cérémonie funéraire à l’endroit de celui qui fut son professeur en exprimant devant les élèves en pleurs, l’idée sacerdotale que son ancien directeur se faisait de l’enseignement. Ce savant éducateur durant de longues années de professorat, poursuivit-il, a contribué à former le cœur et l’esprit de plusieurs générations d’haïtiens. Toujours selon l’homme d’église, ce magicien du verbe, Jacquelin Périclès fut un excellent père de famille qui prenait à cœur l’éducation de ses enfants. Un professeur qui était sévère avec ses élèves pour les porter à travailler avec un redoublement d’ardeur afin d’assurer le relèvement de ce pays. Par ailleurs, comme elle a dû profondément faire tressaillir l’âme de notre défunt, en écoutant la voix attristée de Mlle Scarlie Ceyant (élève du collège Aux Jours Heureux), retracer le beau courage et les solides vertus de son directeur et professeur bien-aimé, ensuite l’éloquence endolorie de la parole de Monsieur Guilson Chéry (professeur au collège Aux Jours Heureux) entièrement désolé, en marquant finalement le verbe ému de Monsieur Miguelite Maxime (Ancien élève du lycée Jacques 1er ) lui disant le suprême au-revoir. Quel dommage, en vérité, que notre pays déjà si pauvre en unité intellectuelle de réel mérite soit privé d’une valeur de pareille envergure ! Quand on pense à ce qu’il faut de temps, de soins, de tâtonnements avant que la gestation humaine amène à fructification un germe d’importance, il faut nous plaindre que les mieux doués s’en vont sans avoir donné toute la mesure de leur énergie. Puissent les sillons qu’ils ont fécondés de leur apport généreux, multiplier en moissons innombrables, les semences dont ils ont été les magnifiques prodigues. Voilà, à vol d’aigle, l’homme qui vient de s’éteindre. Le souffle affaibli de son esprit s’exhala dans un soupir heureux que ne devrait souiller aucune plainte, que ne devrait mouiller aucun pleur, tant il est vrai que, rodé par la maladie et conscient de son inutilité désormais, il semblait aspirer, malgré le suave réseau de tendresse dont il a été enveloppé, au repos promis aux estropiés de la terre. La mort de ce savant éducateur a fait couler beaucoup de larmes. Les bienfaits qu’il a semés sont sa suprême apothéose. Pour avoir embrassé si généreusement et servi la cause de l’enseignement, Jacquelin Périclès a droit de figurer dans nos annales parmi ceux qui se sont consacrés à la formation intellectuelle de la jeunesse de notre pays. Grande leçon, en vérité, que les obsèques de Jacquelin Périclès. Puissent-elles apprendre à beaucoup à bien vivre. Elles restent surtout une précieuse consolation pour sa charmante épouse, notre amie et sœur née Rose Eugène, ses enfants, ses parents et alliés au deuil desquels nous nous associons le plus cordialement. Il s’en est allé…mais sa mémoire reste présente dans tous les cœurs. Kern E. JEAN-FRANCOIS kernjeanfrancois@yahoo.fr Cell phone 3815-4561

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