L’ouragan Matthew : l’État, une réponse svp

Publié le 2016-12-08 | Le Nouvelliste

Société -

Comme un cerf assoiffé d’eau, je me suis rendu en toute hâte à Les Anglais, peu de temps après le méchant ouragan destructeur, pour voir mes parents, mes amis rescapés. Mon constat alarmant commence à partir de la plaine de Torbeck qui me parut entre le sommeil et le réveil dans un pays à l’envers, comme si c’était de la fiction. De Port – Salut à Roche – à – Bateau, j’ai eu les larmes aux yeux sans penser à plus loin, des Côteaux à Les Anglais, ma ville natale. Nul n’a besoin de passer par quatre chemins, d’étudier dans les grandes universités, d’être un professeur de philosophie, d'avoir des lunettes scientifiques ou d’être un intellectuel de haut rang pour comprendre l’état misérable dans lequel se trouvent les gens de la péninsule du Sud après ce fléau impitoyable. Malgré le déboisement inconsidérable que connaît Haïti, le Sud tenait une bonne partie de la couverture végétale. Cependant, tout est emporté par Matthew, un nom qui reste gravé négativement dans la mémoire des Haïtiens, particulièrement ceux des départements frappés. Cet ouragan dévastateur n’a pas détruit la vie de tous, mais il laisse son empreinte indélébile, il a décapitalisé les paysans sur tous les plans : les arbres sont détruits à 98 % (véritables, cocotiers, manguiers, abricots, les fruits, les bananeraies, etc.), le bétail. Ils sont abattus comme par quelqu’un qui vient avec sa hache bien aiguisée, sans penser aux conséquences ; certains sont arrachés, brisés, cassés et ceux qui sont restés debout paraissent être brûlés par un feu dévorant comme un volcan. De ce phénomène qu'ils ne comprennent pas, les gens exigent de l’État une explication, une réponse via les ministères de l’Environnement, de l’Agriculture, de l’Intérieur, qu'il fasse appel à des experts pour nous dire de quoi il s’agissait exactement. On estime que l’État central n’a pas trop détaillé le concept ouragan et ses conséquences pour la population ni avant ni après Matthew. Une petite enquête menée à Les Anglais révèle (100/120 personnes ont répondu) que les maisons ont été détruites entre 4 et 6 heures du matin ; que, quand le vent se concentre pour arracher une maison ou enlever le toit, elles entendent le son d’un bulldozer et si ce vent vient dans direction et que son plan ne se réalise pas, il retourne pour se renforcer dans une autre direction. Selon une dame qui habite à Carpentier au flanc d’un morne, le moment le plus pénible vient après que la mer se fut reculée en trois fois. On ressent des grains d’eau laissant un goût salé à la bouche pendant plusieurs heures. Quant aux jardins, on n’en parle plus, puisque ceux des mornes sont arrachés et ceux des plaines emportés par l’eau. En tant que profane, étrange au domaine scientifique lié à des phénomènes naturels, je ne fais qu’un constat alarmant et je rapporte les dires des victimes, une observation de l’état de la misère de la population. Sous réserve de ces déclarations, la population réclame de l’État une explication, une réponse à ce phénomène, du jamais vu qui bouleverse encore plus d’un, même les octogénaires .

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