Buvons-nous de l’eau potable en achetant de l’eau dite traitée?

Publié le 2016-08-16 | Le Nouvelliste

Société -

L'eau est indispensable à la survie et au bien-être de l’être humain et est essentielle au fonctionnement de nombreux secteurs de l'économie. Un individu boit en moyenne 2 litres d’eau par jour pour être en bonne santé, du fait qu’au niveau de notre organisme l'eau représente 70% du poids de l'adulte et 80% du poids de l'enfant, et une perte entraîne des troubles graves, voire la mort. Notre consommation quotidienne de l’eau est de l’ordre de 20 à 50 litres en moyenne par jour d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS).Ces valeurs sont strictement liées au niveau et au mode de vie des gens et également à la disponibilité de l’eau dans notre entourage. Cette disponibilité est d’autant quantitative que qualitative, car l’eau peut être présente, mais inapte à la consommation humaine de par sa composition. Comme l’illustre le marin assoiffé qui dérivait sur l’océan « de l’eau il en a partout, mais pas une goutte à boire ». Même une eau d’apparence limpide transporte en son sein toutes sortes de substances inertes et vivantes, dont certaines peuvent être nocives pour l’organisme humain. Comment peut-on reconnaître qu’une eau est consommable, en d’autres termes potable ? D’une manière générale l’eau potable est une eau claire qui ne représente aucun danger pour la santé et ne présente aucune nuisance olfactive et gustative. Il est constaté, parfois dans notre entourage, que certaines personnes peuvent boire une eau sans avoir aucun malaise, alors que d’autres (des étrangers par exemple) en buvant de la même eau tombent malades. Ainsi, pour faire l’unanimité, la notion d’eau potable devient davantage normative, cela revient aux autorités nationales et parfois internationales de définir les caractéristiques pour qu’une eau soit considérée comme potable. En ce sens, des paramètres organoleptiques, physicochimiques, microbiologiques et radiologiques ont été sélectionnés et des seuils définis. Donc, la mise en évidence et la quantification de ces paramètres par rapport à la norme de qualité établie par les autorités attestent la potabilité de l’eau. Par le seul pouvoir de nos sens, il nous est impossible de dire qu’une eau est potable. Par contre ils peuvent dans une certaine mesure nous aider à reconnaître qu’une eau est malsaine, non potable mais pas le contraire. Pour attester de la potabilité de l’eau, il faut recourir à des analyses de laboratoires, l’utilisation de protocole de mesure et seulement après on pourra affirmer si l’eau est potable ou non.Car le pire dans l’eau, c’est ce que l’œil ne voit pas, et on peut citer comme exemple les microbes tels que le Vibrio cholerae responsable du choléra, les intoxications liées aux métaux lourds, etc. Ces dernières années, la vente de l’eau dite traitée prend une bonne part du marché haïtien, les kiosques de vente d’eau se trouvent à tous les coins de rue et on peut lire une pléiade de nom sur les étiquettes des sachets et des bouteilles d’eau disponible sur le marché. Cette croissance vient sans nul doute de la volonté de la population haïtienne à consommer de l’eau traitée dans le but de se prémunir des risques sanitaires relatives à la consommation d’eau malsaine, une noble initiative. Mais est-ce que le seul fait de vendre de l’eau qui serait traitée confirme réellement que l’eau est en bonne adéquation avec les normes de qualité ? Nos sens ne nous permettent pas d’affirmer si une eau est potable ou traitée, car seul des analyses physicochimiques et microbiologiques le peuvent. Alors comment peut-on être sûr que l’eau qu’on nous vend dans les kiosques, les sachets et les bouteilles sont traitées, juste parce que les propriétaires le confirment, sérieusement affirmeraient-ils le contraire ? En France par exemple, suite aux informations recueillies sur le site du ministère des Affaires sociales et de la Santé, l’eau est l’un des aliments les plus contrôlés. Elle fait l’objet d’un suivi sanitaire permanent, destiné à garantir la sécurité sanitaire. Les captages, les stations de traitement et les réseaux de distribution de l'eau potable jusqu'au robinet de l'utilisateur font l'objet de contrôles réguliers, car l’eau étant une ressource fragile à la contamination, la moindre erreur dans le processus peut entraîner l’altération de sa qualité et nuire à la santé des consommateurs. Et, dans l’objectif de garantir les consommateurs, l'information sur la qualité de l'eau potable est une obligation imposée par la réglementation française. Il est possible de s'informer sur la qualité de l'eau par différents moyens. Dans de nombreux kiosques de vente d’eau, on peut constater que les autorités haïtiennes s’efforcent de jouer leur rôle de régulateur par la collecte des taxes relatives à l’affichage par le biais de la mairie et au droit d’exercice via la patente de la Direction générale des impôts, mais il y a rien en ce qui concerne la qualité de l’eau, par exemple un certificat d’analyse, une note relative à un contrôle de la qualité, rien. Alors, n’est-il pas aussi important de veiller à ce que l’eau ne représente pas un danger pour la population et de l’en informer de sa qualité, ou est-ce que les autorités jugent que le droit d’affichage et d’exercice sont les seuls qui importent? Finalement, si on s’en tient au fait, nous ne pouvons en aucune façon affirmer que l’eau dite traitée vendue dans les kiosques, les sachets et bouteilles sur le marché haïtien soit potable ou non, car rien ne le confirme. Et même si certaines compagnies réalisent des tests avant de distribuer l’eau sur le marché, aucun de ces résultats ne furent communiqués au grand public, le principal client. En plus, quel intérêt a un entrepreneur sans aucune décence d’investir son argent dans le traitement de l’eau, pendant qu’il peut vendre librement de l’eau de qualité moyenne sans que personne s’en rende compte, et même si demain vous tombez malade, il peut affirmer que c’est l’insalubrité de votre environnement qui est responsable et non l’eau qu’il vend. En fin de compte, toute une série d’interrogations montrent le nuage d’incertitude qui plane sur la qualité réelle de l’eau de boisson vendue et consommée en Haïti, un point qui normalement devrait interpeller l’ensemble des autorités du pays, les obligeant à intervenir dans le contrôle de la qualité et la vulgarisation des informations relatives à la qualité réelle de l’eau vendue et distribuée, car au bout du compte « l’eau, c’est la vie ». Mais, hélas !

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