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| Des tentes qui transforment la voie publique à Carrefour-Feuilles |
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| Tentes montées près d’un long canal à l’Impasse Rigale |
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| Johnny, ce père de famille, se poste près de sa petite cahute |
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| La maison de Johnny détruite par le tremblement de terre |
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| Maison perchée sur une colline de Carrefour-Feuilles six mois après le séisme. |
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Vivre en pleine rue
À Carrefour-Feuilles, quand la voie publique est transformée en camp de sans-abri, même la circulation piétonne devient difficile dans les chemins passant près des tentes. C'est la promiscuité en pleine rue. Tout se déballe en plein air. Les gens qui n'arrivent pas à supporter cette vie n'ont qu'à se plaindre.
Haïti: En trente-cinq secondes la maison sur laquelle Johnny avait misé tout son avoir et son avenir est tombée à terre à côté d'autres maisons élevées sur les collines dénudées de Carrefour-Feuilles, qui décoiffent le morne l'Hôpital. Deux étages cassés en morceaux, c'est la vie de Johnny et celle de sa famille qui se sont brisées en miettes.
Quadragénaire, grand de taille, la démarche martiale, Johnny, cet ancien militaire, habite Carrefour-Feuilles, depuis une quinzaine d'années environ, avec sa femme et ses enfants dans un immeuble réparti en appartements qu'il louait à des locataires pour arrondir ses fins de mois. Ebranlée sur sa base, les poutres rompues, sa maison est bonne pour la démolition.
« Après le tremblement de terre, je me suis replié avec ma famille dans l'Artibonite », confie Johnny. La province haïtienne, abandonnée à elle-même, n'a pas les reins assez solides pour accueillir des sinistrés en grand nombre. Après deux mois d'ennuis mélancoliques et de privations, il décide de retourner à Carrefour-Feuilles, quartier situé au sud de Port-au-Prince.
« En province, il n'y a pas d'activités rentables. C'est seulement à Port-au-Prince qu'on peut se débrouiller pour faire bouillir la marmite et envoyer ses enfants à l'école », intervient la femme de Johnny.
Quand on a passé toute sa vie dans la capitale et que ses parents restés en province vivent dans de modestes conditions, on devient un poids pour eux. Ayant compris cela, elle a encouragé son mari à retourner vivre à Port-au-Prince, le poumon économique du pays.
Madame Johnny préfère vivre dans les décombres, au milieu des tentes, des cahutes qui poussent comme des herbes folles dans la rue, au lieu de se terrer en province. Aussitôt arrivée à Port-au-Prince, elle a emprunté de l'argent et a mis sur pied un commerce de friture. Elle, qui a habité une grande maison, vit après le 12 janvier dans une cahute en tôle sur la voie publique avec trois enfants.
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La vie de cette famille, comme tant d'autres affectées par le séisme, se déroule sur la voie publique. On se baigne, on cuisine, on mange en plein air. « Ce qui me gêne dans la rue, c'est lorsque je me baigne. Des gens vous regardent quand ils passent leur chemin. Je suis obligée de supporter cela. Et le soir, les gens parlent fort ! », confie-t-elle.
Un problème crucial affecte cette famille comme tant d'autres qui ne vivent pas près de leur maison : les toilettes. Pour se soulager, elle sollicite ses proches voisins qui ont une maison debout à l'impasse Rigale. Selon l'humeur de ces derniers, on lui refuse ou on lui donne accès aux chiottes.
En dépit de ces difficultés, elle trouve que la vie est plus supportable à Port-au-Prince. Des organisations font la distribution d'aide humanitaire. On retrouve Oxfam, GOLF, ACF. Des coupons de nourriture sont distribués tous les mois. Des jeunes participent au programme « cash for work ».
Madame Johnny souligne que, pour rien au monde, elle ne laissera ses pénates pour être relogée ailleurs. Raison ? Elle n'a pas besoin de faire un long chemin pour aller recueillir de l'eau. Carrefour-Feuilles, quartier doté de l'un des plus grands réservoirs d'eau du pays, donne un accès facile aux habitants à ce précieux liquide.
A l'impasse Rigale, où chaque mètre de la voie publique est occupé par une tente, une cahute, il est difficile de marcher dans les chemins qui passent près des abris provisoires, des gravats, des mottes de terre, sans bousculer les passants. La circulation piétonne est difficile. Un tel paysage, Johnny ne le supporte pas. Aussi se demande-t-il combien de temps les gens vont encore passer dans cette promiscuité ?
Debout à côté de sa femme près d'une cahute construite à la va-vite, Johnny nous montre une rangée d'abris de misère, qui a complètement transformé le visage de la voie publique. Ici, quand on déverse l'urine des vases de nuit c'est irrespirable ! Quand l'eau stagne, on respire mal ! Les sachets d'excréments tourmentés par le vent écoeurent.
Vivre en pleine rue ne laisse pas de tout repos Johnny et sa famille. Il attend, comme des milliers de sans-abri, une maison telle que promise dans les nouvelles diffusées dans la presse pour sortir du réduit qu'il partage avec sa femme et ses trois enfants au quotidien.
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Claude Bernard Sérant
serantclaudebernard@yahoo.fr |
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